Depuis des années, j’utilise toutes sortes d’outils numériques dans mon quotidien : mon iPhone et mon MacBook, avec bien sûr tous les logiciels Apple installés dessus : Safari, la suite bureautique ou encore Mail et Apple Pay. J’utilise aussi beaucoup les services de Google : Gmail, Google Drive et toute la suite Google, YouTube, Google Maps, Chrome ou encore Google Meet. Je n’échappe pas non plus à Meta, et ses réseaux incontournables : Instagram, Facebook et WhatsApp. Je suis moins adepte de Microsoft, mais j’écris quand même régulièrement sur LinkedIn. Et j’utilise bien d’autres outils numériques, comme Notion, Spotify ou encore Netflix.
Bref, comme beaucoup de gens, je suis assez dépendante des outils du “numérique dominant”.
Numérique dominant VS numérique alternatif : de quoi parle-t-on ?
Le numérique dominant, c’est une expression que Louis Derrac, un acteur engagé de l’éducation au numérique, utilise pour définir un ensemble “d’entreprises et d'outils, de services et de plateformes qui sont quotidiennement utilisés par l'immense majorité des personnes et des organisations”. Autrement dit, un terme qui regroupe non seulement les GAFAM (Google, Apple, Facebook / Meta, Amazon et Microsoft), mais aussi tous les outils et plateformes fournis par les géants du numérique.
À ce numérique dominant s’oppose le "numérique alternatif", plus éthique et plus respectueux.
Je trouve ces termes très parlants, ce sont donc ceux que je vais utiliser tout au long de cet article.
Pourquoi tout le monde utilise les outils du numérique dominant ?
Lorsque j’ai commencé à écrire cet article, je me suis demandé pourquoi les outils des géants de la tech étaient autant plébiscités, et pourquoi il était si difficile de leur dire “non”. En me posant ces questions et en les posant autour de moi, j’ai compris qu’il y avait de multiples raisons à ce que tout le monde utilise ces services :
- Ils sont très bien faits.
Fluides, faciles d’utilisation, pratiques, ergonomiques, dotés de fonctionnalités poussées… et souvent, ils sont même conçus volontairement pour être addictifs, notamment en ce qui concerne les réseaux sociaux.
- Ils sont installés nativement sur nos appareils.
Quand on achète un smartphone Android, tout est fait pour qu’on utilise les outils Google. Idem avec un ordinateur Windows qui pousse à utiliser les services Microsoft, ou un MacBook avec Apple.
- Ils sont connus.
On utilise ces outils depuis longtemps. On a créé notre adresse Gmail ou Outlook au collège, et notre compte LinkedIn pendant nos études. Et quand on ne connaît pas d’autre alternative, on se dirige vers l’un ou l’autre… sans se poser de question.
- Tout le monde les utilise.
C’est rassurant, d’arriver dans une entreprise qui utilise la suite Microsoft 365. C’est pratique de collaborer à plusieurs sur un Google Doc. C’est quand même mieux, un réseau social où on peut avoir des nouvelles de ses amis et amies.
- On se méfie des autres solutions.
Vont-elles être aussi performantes ? Aussi simples d’utilisation ?
- Ce n’est pas facile de changer.
J’ai ouvert mon compte Google il y a bientôt 15 ans. Je suis sur Instagram depuis 2013. Mon adresse Gmail est ce qui me permet de me connecter à littéralement 99% des sites en ligne. Changer d’outils nécessite de réapprendre une nouvelle interface, c’est long, fastidieux, et pas rentable. Les économistes appellent cela les coûts de changement, ou switching costs.
Pourquoi chercher des alternatives ?
Et pourtant, nous sommes de plus en plus à prendre conscience des nombreuses problématiques liées à ces outils :
- infobésité
- modèle économique qui repose sur la captation de l'attention
- biais et dérives démocratiques
- enjeux environnementaux : impact carbone, consommation d'énergie et d'eau, pollution des sols, incitation à la surconsommation…
- exploitation des ouvriers et ouvrières et des travailleurs et travailleuses du clic.
J'ai interrogé plusieurs personnes ayant opté pour des alternatives pour comprendre ce qui les avait poussées à quitter les outils du numérique dominant.
Pour Antoine Hubert, maître de conférences à l’École Normale Supérieure Paris Saclay, "le manque de transparence dans les logiciels propriétaires, les failles de sécurité, l'utilisation de données personnelles sans consentement et le business autour de ça" sont les raisons qui l’ont convaincu d’adopter des alternatives, comme Proton, Firefox ou encore Linux.
Régis Rain, consultant en transformation digitale, témoigne également :
"J'ai migré principalement pour des questions éthiques. Je n'en tire aucun avantage financier (au contraire, ça me coûte), mais je me sens tout de même légèrement plus "robuste" en tant que personne et qu'organisation, c'est-à-dire un peu moins dépendant d'un seul acteur, plus serein face à l'éventualité d'une coupure totale EU-USA, et plus agile (car rôdé au fait de changer)."
Quant à Charline Cormier, consultante et cheffe de projet numérique chez Infogreen Factory, c’est toute son entreprise qui est passée de Zoho à Infomaniak, à la fois parce qu’Infomaniak répondait davantage à leurs besoins, mais également pour des raisons éthiques.
Sans boycotter totalement tous les outils du numérique dominant, j’ai donc eu envie moi aussi de migrer petit à petit vers des alternatives plus éthiques et alignées avec mes valeurs. L’objectif : limiter ma dépendance à ces plateformes, retrouver une forme de souveraineté numérique, et réduire mes dissonances cognitives.
Ma démarche aujourd’hui : m’informer, agir, partager
J'ai donc commencé à m'informer sur les alternatives existantes, en échangeant avec plusieurs personnes et également en me renseignant via :
- un article sur le sujet sur le média écolo Bon Pote
- une campagne de Framasoft nommée Dégooglisons Internet,
- des sites dédiés aux alternatives européennes : Euro Stack et European Alternatives
- la 20ème édition du magazine Chut!, dédiée au sujet.
C'est en consultant ces différentes ressources que je me suis rendue compte de l'ampleur de la tâche, malgré le fait qu’il existe de nombreuses alternatives. J'ai donc choisi de changer mes outils petit à petit, pour éviter de me perdre ou de me décourager.
Premiers pas : quitter Gmail & la suite Google en toute sérénité
Comme je le disais plus haut, j’utilise mon adresse Gmail pour me connecter à de nombreux sites, que ce soit via la connexion rapide avec Google ou simplement en renseignant mon adresse email comme principal moyen de contact. Sauf que Google est l’un des GAFAM qui me paraît le plus problématique, notamment en termes de respect de la vie privée. Remplacer Gmail et la suite Google par une alternative plus éthique me paraissait donc être un chantier avec beaucoup d'impact.
Choisir une alternative à Gmail
La grande question : par quoi remplacer Gmail ?
Mon premier critère, hormis évidemment l’aspect éthique, était le fait d’avoir une adresse mail liée à une suite collaborative. J'utilise actuellement celle de Google, avec notamment Google Drive, Google Docs, Google Sheets ou encore Google Slides. Je trouve ces outils très pratiques pour collaborer et travailler en simultané sur les mêmes documents. Je voulais donc les remplacer par un outil tout aussi complet.
Dans mes recherches, trois noms sont ressortis : Mailo, Proton et Kmail (suite Infomaniak).
J’ai rapidement écarté Mailo, car la version gratuite me paraissait un peu limitée en termes de stockage.
Restait encore Proton et Infomaniak… et pour m'aider à faire mon choix, j'ai décidé d'échanger avec :
- Lisa Bagur, utilisatrice de Proton
- Jennifer Baudin, utilisatrice de Kmail et de la suite Infomaniak
Proton…
Proton est une entreprise suisse dont le principal atout réside dans la protection de la vie privée. De nombreux produits sont proposés : une boîte mail évidemment, mais aussi un calendrier (pour remplacer Google Agenda), un outil de visioconférence (alternative à Google Meet), un VPN, un gestionnaire de mots de passe, un drive, des outils de bureautique et même un assistant IA, Lumo.
J’en ai discuté avec Lisa, qui utilise Proton depuis dix ans. Comme son père travaille dans l'informatique, elle a été sensibilisée très tôt aux problématiques liées aux données et aux informations que l'on communique aux géants de la tech. Elle a également suivi des études en lien avec le RGPD et la régulation des GAFAM.
Lorsqu'elle a découvert Proton, elle est rapidement passée de Gmail à cet écosystème. Pour elle, Proton propose les mêmes fonctionnalités que Google, mais avec des garanties supérieures concernant la confidentialité des échanges. Elle apprécie particulièrement l’écosystème très complet de Proton, avec la suite bureautique (équivalente à Google Docs, Sheets & Slides…), mais également des services additionnels, comme le VPN gratuit.
Globalement, le seul problème qu'elle relève est que la collaboration est parfois compliquée avec les personnes qui utilisent la suite Google et n'ont pas la suite Proton. Mais il s’agit d’un problème qui sera commun à n'importe quelle alternative que je choisirai.
Après mon appel avec Lisa, j’ai lu quelques articles sur Proton. J’ai découvert que le service ne serait pas si anonyme que sa réputation laisse croire : l’entreprise a plusieurs fois transmis des informations à la police suisse, d’abord concernant des militants pour le climat en 2021, puis au sujet de militants contre la violence policière en 2024. Ce n’est pas un critère rédhibitoire pour moi, car je trouve déjà suffisant que le contenu du message soit chiffré. Mais si c’est important pour vous, alors vous préférerez peut-être une autre option.
… versus Infomaniak
Infomaniak est une entreprise suisse indépendante. Elle aussi propose de nombreux services : mails, visioconférence, messagerie instantanée, calendrier, drive, et également un assistant d’IA, Euria. Contrairement à Proton, Infomaniak a un fort engagement environnemental, en utilisant notamment les énergies renouvelables pour fonctionner.
Jennifer a commencé à utiliser kSuite Pro car elle avait besoin de leur outil de création de sites. Elle a fait ce choix pour adopter une démarche éthique et responsable, et pour travailler avec une entreprise qui respecte le RGPD.
Outre l’aspect éthique, elle y voit aussi plusieurs avantages : le très bon support client, et le côté pratique de la suite, très complète et regroupant plusieurs services dont elle avait besoin. C’était également un point important pour Charline de chez Infogreen Factory : son équipe avait besoin d’une solution de visio, de mail, d’un calendrier et d’un espace collaboratif.
Quant aux inconvénients, Jennifer a souligné la difficulté de collaborer à plusieurs sur l’agenda, et l’impossibilité d’agréger les boîtes mails. Utilisant moi-même les applications Calendrier et Mail d'Apple pour ces usages (pour l’instant !), ce ne sont pas des inconvénients qui m’ont paru trop problématiques.
Mon choix
Après ces échanges, j'ai finalement décidé d'opter pour kSuite. Outre les avantages cités par Jennifer, je connaissais déjà un peu kSuite Pro, car je l’avais utilisée pour des clients dont le site est hébergé chez Infomaniak. L’engagement écologique de l’entreprise a également été un critère de choix.
Mais il existe encore de nombreuses autres options, et je vous invite d’ailleurs à trouver la solution faite pour vous sur le DéMailnagement, un site qui vous propose des alternatives en fonction de VOS critères.
Créer une nouvelle adresse mail
Maintenant que le choix est fait, c’est le moment d’agir ! Pour moi, direction donc my kSuite, la solution d’Infomaniak pour les particuliers.
Rien de bien sorcier pour commencer :
- Je clique sur “Démarrer gratuitement”
- Je crée un nouveau compte
- Je paramètre ma nouvelle adresse mail, je remplis mon nom et prénom et je crée mon mot de passe
- Je choisis l’offre que je préfère (il existe une offre payante avec plus de stockage, mais pour le moment je prends l’offre gratuite).
Et… voilà.
Très simple, très intuitif, j’ai ma nouvelle adresse mail.
Changer mon adresse de contact
Maintenant, le plus long reste à faire.
J'ai décidé de ne pas transférer automatiquement mes emails sur ma nouvelle adresse, car le but est que j'aie de moins en moins d'emails qui transitent via ma boîte Gmail (jusqu’à pouvoir la fermer un jour !). J'ai donc plutôt choisi de changer l'adresse mail sur chaque service que j'utilise, chaque newsletter à laquelle je suis abonnée. J’essaie de le faire petit à petit, au fur et à mesure que je reçois de nouveaux mails sur ma boîte Gmail. Je me désinscris, puis je réinscris ma nouvelle adresse mail. C’est long, et c’est également ce qu’a souligné Régis lorsque je l’ai questionné :
Je reçois encore plein d'emails sur ma boîte Gmail alors que j'ai déjà passé des heures à modifier tous mes espaces clients, résilier des newsletters etc. Ça fait réfléchir sur l'infobésité…
Mais qu’importe, je suis contente et fière d’avoir franchi cette étape vers un numérique plus souverain, plus éthique et plus aligné à mes valeurs.
Et ce n’est que le début !
Car bien que j’aie désormais une alternative à Gmail, ainsi qu’à la suite bureautique de Google et à celle d’Apple, il me reste encore du chemin à parcourir : changer de navigateur (j’utilise actuellement Safari et Chrome), de GPS (et dire bye-bye à Google Maps et Waze), et même pourquoi pas de service de streaming musical !
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Si cet article vous a plu, vous a inspiré (peut-être même donné envie de migrer vous aussi vers des outils plus éthiques ? 🙂) ou si vous souhaitez simplement en savoir plus, n'hésitez pas à écrire à Marie Férey : marieferey@etik.com.
PS : elle est également disponible pour des missions professionnelles de rédaction !
Sources
https://www.latitudes.cc/blog/le-chemin-pas-si-simple-vers-des-outils-numeriques-plus-ethiques
https://degooglisons-internet.org/fr/
https://bonpote.com/gafam-24h-dans-la-peau-dun-addict/
https://bonpote.com/quelles-alternatives-aux-gafam/
https://otherworldscatalog.com/p/how-i-disconnected-from-tech-in-2025?triedRedirect=true
https://european-alternatives.eu/
https://euro-stack.com/alternatives/
https://chut.media/produit/numero-20/

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