Le DIY pour garder ou retrouver de l’autonomie dans l’action
Le mouvement "Do It Yourself" - ou "Faites-le vous même" en français - a émergé au début du XXème siècle pour favoriser la mise à jour de ses compétences pratiques et techniques et garder une autonomie dans la réparation ou le bricolage quotidien.
Initialement plutôt associé au bricolage, il s'est petit à petit répandu dans de nombreux autres milieux comme l'art ou l'informatique. La communauté des logiciels libres incarne par exemple cet idéal de posséder des compétences numériques essentielles qui permettent d'assurer son autonomie par rapport aux logiciels propriétaires qu'on ne peut pas réparer soi-même.
Le DIY est devenu une philosophie de vie très en vogue dans les cercles écologistes et anti-capitalistes. Nos objets du quotidien sont devenus si complexes qu'il est presque impossible de les réparer. Le DIY est un étendard pour des personnes qui veulent reprendre le contrôle et se traduit par exemple par un regain d'intérêt pour les disciplines de l'artisanat.
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Et si demain penser par soi-même devenait exceptionnel ?
Avec le développement sans précédent des systèmes d'intelligence artificielle, et leur intégration dans notre quotidien, je pense que le mouvement DIY va entrer dans une nouvelle dimension.
Non seulement il va falloir revendiquer de le "faire soi-même" lorsqu'on n'utilise pas de système d'IA. On en voit déjà plusieurs exemples sur des médias. Demain, cela ne m'étonnerait pas qu'il faille revendiquer de le "penser par soi-même" - le Think It Yourself.
Évidemment, s'approprier des pensées qui ne sont pas les nôtres n'est pas nouveau, les livres et internet l'ont toujours permis. Mais les systèmes d'IA vont amplifier le phénomène. D'une part car il faut prendre conscience que leur entraînement repose en grande partie sur des savoirs et des connaissances produites par la pensée humaine. D'autre part car il devient possible de faire produire aux systèmes d'IA des résultats proches de la pensée humaine en temps réel, pour des réflexions de plus en plus complexes et spécifiques, et de moins en moins détectables - fini le bon vieux copier-coller que l'on repère simplement. Les systèmes d'IA qui digèrent et synthétisent un grand nombre d’informations en temps réel ont déjà envahi notre quotidien, comme les moteurs de recherche ou les fils d’actualité.
Agissons pour garder notre liberté de penser
Voulons-nous voir une société émerger où, tout comme il devient presque impossible de réparer nos machines tant elles sont devenues complexes, il devient presque impossible de penser par soi-même, tant le volume d'informations à traiter et/ou à régurgiter est important ou difficile à obtenir ?
Ou voulons-nous dès maintenant trouver des voies qui nous permettent de rester en maîtrise de nos pensées ?
L'imposition de réglementations sur l'industrie de l'IA pour l'empêcher de s'approprier nos capacités de penser sur le long terme semble être une étape indispensable. Tout comme nous aurions dû empêcher l'industrie de fabriquer des tracteurs que nos agriculteurs et agricultrices ne peuvent pas réparer, ou les fabricants de matériel électronique de développer une stratégie de l'obsolescence programmée, nous devons mettre en place des règles pour empêcher l'industrie de l'IA de s'approprier la connaissance humaine - même si c'est mal parti. Un monde où il devient obligatoire de passer par des systèmes d'IA pour accéder à une connaissance n'est pas du fantasme. On voit déjà à quel point il est plus difficile d'accéder à de vieilles sources d'information sur un moteur de recherche comme Google, tant l'algorithme a évolué ces dernières années pour privilégier les sources récentes et les synthèses produites par ... des systèmes d'IA.
En particulier, je crois que réguler la quantité de données produites par nos sociétés est une question à investir. Il n'est plus simplement question de quelles données nous pouvons récolter et exploiter. Nous devons simplement réduire la masse de données que nous produisons et conservons. Non seulement cela a un impact environnemental car cela limiterait le nombre de centres de données nécessaires. Mais c'est presque plus pour notre capacité à garder le contrôle que je vois l'intérêt. En acceptant que la quantité de données puisse augmenter exponentiellement, nous hypothéquons nos chances de pouvoir nous passer des systèmes d'IA.
Enfin, et c’est en partie la raison d’être de Latitudes, l’éducation doit s’adapter. Le résultat final est de moins en moins gage du sérieux de la démarche qui a été suivie. On voit par exemple de plus en plus dans les cours que nous donnons, des étudiants et étudiantes qui arrivent avec des résultats aboutis mais qui ne savent même pas nous expliquer les choix qui ont été faits pour y parvenir. C’est un phénomène qui a été détaillé dans la vidéo “La Fabrique à Idiots” du Youtuber Micode. En ce sens, développer l’esprit critique, renforcer la morale des étudiants et des étudiantes, leur donner la force de savoir aller contre des systèmes qui semblent savoir tout faire mieux que nous est primordial. En bref, permettre aux citoyens et citoyennes de continuer à penser par eux-mêmes et d’agir en conséquence.
Dès maintenant, nous devons être vigilants sur les espaces où nous pensons par nous-mêmes et ceux où nous acceptons de déléguer à un système d’intelligence artificielle, au risque de perdre notre puissance personnelle. Dès maintenant, revendiquons le Think It Yourself !
@krissmas





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