La plateforme de mobilisation, c'est le site web qui permet aux bénévoles de déclarer des actions passées ou à venir, et de se positionner sur des événements de formation, d’animation d’atelier ou de communauté. Elle est donc primordiale puisque c’est elle qui permet aux bénévoles de fluidifier leur engagement et pour nous à Latitudes de simplifier les automatismes et avoir un meilleur suivi de notre impact.
Or, vous l’avez peut-être constaté, la plateforme était inutilisable sur smartphone car elle n’était pas responsive : elle ne s’adaptait pas à la taille de l’écran, ce qui signifie qu’on ne pouvait que l’utiliser sur ordinateur. D’un point de vue esthétique aussi, on souhaitait remettre les interfaces aux goûts du jour avec un design qui serait plus moderne, et surtout, qui suivrait la charte graphique de Latitudes. Enfin, nous voulions revoir l’éco-conception et l'accessibilité de la plateforme afin qu’elle s'aligne le mieux possible avec les causes que nous défendons.
Nous avons donc initié des modifications de la plateforme de mobilisation pour la remettre à la charte Latitudes et développer l’expérience mobile, et nous en avons profité pour requestionner le besoin.
Requestionner le besoin
En design, s’il n’y a pas de besoin, il ne devrait pas y avoir de projet. Si ce principe était plus appliqué dans le numérique, on n’en serait peut-être pas à passer tant de temps sur les écrans (selon le Baromètre du numérique 2025, 43% des personnes jugent excessif leur temps consacré aux écrans).
Questionner le besoin, c’est repartir de la base : le vivant. Premièrement et simplement parce que si l’outil numérique ne répond à aucun besoin, il y a de fortes chances qu’il ne soit pas utilisé, ce qui signifie prendre du temps humain pour développer la plateforme, allouer des ressources pour la stocker, nécessiter de l’énergie pour la tester… pour aucun apport. Dans le Référentiel Général d’Écoconception des Services Numériques (plus souvent connu sous l’acronyme “RGESN”), le premier point consiste à évaluer l’utilité du service en prenant en compte ses impacts environnementaux. C’est simple : si l’utilité du service ne mérite pas son impact environnemental, on ne le développe pas, signifiant également qu’on l’arrête lorsqu’il n’est plus utile. D’autre part, questionner le besoin nous oblige à garder en tête de ne pas créer de nouveaux besoins factices; et à concevoir l’interface radicalement en réponse à ce besoin. Il est intéressant de réfléchir aux fonctionnalités essentielles répondant au besoin : tout l’enjeu consiste à optimiser le parcours vers ces fonctionnalités essentielles, limitant ainsi le temps passé sur la plateforme et donc les ressources humaines et environnementales.
Si nous reprenons notre sujet principal, la plateforme de mobilisation, les fonctionnalités essentielles sont :
- Chercher une action, lire son détail et s’y inscrire
- Déclarer une action en donnant les détails permettant de suivre notre impact
- Retrouver ses futures actions
Viennent ensuite les fonctionnalités secondaires dont ne dépend pas la plateforme mais qui permettent de compléter les fonctionnalités essentielles. C’est là qu’il faut arbitrer en gardant bien en tête le besoin. Par exemple, sur la plateforme de mobilisation, la page “Mes actions passées” n’est pas essentielle pour que la plateforme réponde au besoin initial, mais elle permet aux bénévoles de mesurer leur impact et de se motiver à réaliser d’autres actions.
Questionner le besoin, donc, c’est limiter les déchets numériques, et le meilleur déchet (numérique) est celui qui n’existe pas. 😉
Éco-concevoir pour réduire l’impact du numérique
Une fois le besoin bien redéfini, il est temps de concevoir la plateforme, ou plutôt, dans la mesure du possible, de l’éco-concevoir.
Ici encore, il est question de ressources. Eco-concevoir une plateforme numérique signifie limiter l’utilisation des serveurs, et donc des ressources nécessaires à leur fonctionnement : eau douce, énergie et minerais principalement. Car les centres de données (où se situent les serveurs en grande majorité) requièrent une forte consommation d’eau, parfois au détriment des habitants et habitantes des régions avoisinantes. D’autant que ces centres sont souvent positionnés là où le prix foncier est le moins élevé et où l’eau salée ne viendra pas corroder les matériaux… c’est à dire dans les zones arides. Il y a aussi l’enjeu de l’énergie, avec une consommation électrique des centres de données déjà élevée et qui ne fait qu’augmenter. Selon le rapport du Shift Project “Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarbonné ?” datant d’octobre 2025, elle s’est même accélérée sur les dix dernières années. Par ailleurs, les centres de données rejettent une part non négligeable de gaz à effet de serre. Selon l’ADEME et l’Arcep, les data centers représentent presque la moitié (46%) de l’empreinte carbone du numérique, lui-même responsable de 4,4% des émissions mondiales. Face à cette escalade numérique, il semble pertinent de proposer des sites plus sobres.
Mais le plus gros impact du numérique reste la fabrication des terminaux, et là encore, la conception a son rôle à jouer pour diminuer “l’obsolescence logicielle”, c’est à dire le fait de percevoir son appareil comme obsolète car “trop lent” ou “ne fonctionnant plus suffisamment bien”. En réalité, le problème vient souvent plutôt des sites web qui sont trop lourds car pas assez optimisés, ou bien incompatibles avec des versions antérieures de navigateurs, d’où la nécessité de concevoir des sites web légers utilisant des technologies standards et compatibles avec le plus grand nombre d’équipements, ordinateurs ou téléphones. Faire un site responsive permet aussi de limiter cette obsolescence logicielle, puisqu’un site bien adapté à un écran plus petit (comme c’est souvent le cas avec les smartphones plus anciens) n’enverra pas le message d’un smartphone obsolète, et évitera à qui n’a pas besoin d’ordinateur de s’en procurer un pour naviguer sur le web.
Mais alors, comment éco-concevoir ? En termes de design sur la nouvelle plateforme de mobilisation, cela s’est traduit par plusieurs choix :
- Nous avons retiré les images qui n’apportaient pas d’information et étaient redondantes. Il ne reste plus que les images de la page “Déclarer une action” qui permettent de faire la distinction entre les différents liens qui se ressemblent sinon énormément.
- Nous n’avons pas ajouté de son, de vidéo ou de plugin. La seule extension que nous continuons à utiliser est Plausible, un outil d’analyse web open source et léger.
- Nous continuons de limiter les requêtes et les interactions, notamment pour les animations : nous utilisons les possibilités du CSS plutôt que des scripts et nous ne mettons pas d’animation là où il n’y en a pas besoin.
- Il y a un vrai questionnement sur les fonctionnalités à ajouter ou non. Toutes sont réfléchies pour être facilement accessibles, et le parcours vers les fonctionnalités essentielles est fluidifié.
- Nous limitons le nombre de polices à deux pour garder le caractère “Latitudes” de l’interface et assurer la cohérence avec la charte graphique, tout en évitant le sur-téléchargement de polices dans le navigateur.
Mais il existe bien plus de bonnes pratiques, de la conception design, au développement web, en passant par l’hébergement. Le Guide des Designers éthiques en présente un panel diversifié qu’il est pertinent de consulter avant et pendant la conception des plateformes numériques.

Le résultat et la suite
Sur cette nouvelle interface, les fonctionnalités restent les mêmes, bien que les bénévoles puissent désormais accéder à la plateforme depuis d’autres terminaux que l’ordinateur. En plus du style graphique plus “Latitudien”, et de la sobriété visuelle et technique de la plateforme, nous avons réfléchi aux interactions, ces retours visuels quand on survole un lien ou un bouton et qui permettent à l’utilisateur ou l’utilisatrice de mieux naviguer et appréhender l’interface. Enfin, même s’il nous reste des gros chantiers de ce côté-là, nous avons re-travaillé l’accessibilité. Il manquait notamment les labels des filtres sur la page “Rechercher une action”, nous avons aussi vérifié tous les contrastes de couleur et nous nous sommes assurés qu’aucune information ne soit donnée uniquement par la couleur.
Pour la suite, nous avons plein d’idées ! Pour donner quelques exemples, nous voulons revoir l'interface de connexion (qui a gardé l'ancien style), personnaliser l'interface en fonction des rôles des bénévoles et de leur progression dans leur parcours de formation, permettre la navigation au clavier pour être plus accessible, et puis ajouter des fonctionnalités, comme la possibilité de se désinscrire d'une action.
Par ailleurs, si vous nous lisez régulièrement, vous savez que nous sommes en plein chemin (pas si simple) vers des outils numériques plus éthiques, notamment pour sortir des outils propriétaires ! Ainsi l'un des prochains chantiers sera d'auto-héberger la plateforme : c'est possible car nous avons sciemment choisi un outil back-end (Supabase) qui est open source, et un outil front-end (Weweb) qui, même s'il est propriétaire, nous permet d'exporter le code pour l'auto-héberger. Nous pourrons alors reprendre la main sur notre hébergement... et donc en choisir un plus responsable.
En attendant, vous pouvez consulter la plateforme depuis votre smartphone. 🎉
Psst, d'ailleurs, saviez-vous qu'en 2025, près de 9 personnes sur 10 naviguaient sur Internet depuis leur téléphone ?

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