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Comment intégrer la sobriété numérique dans l’enseignement supérieur ?

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Anaëlle Adam
Anaëlle Adam
🎙 On vous résume notre dernier Bol d’inspi - Nous avons échangé avec Chiara Giraudo (Alt Impact) et Vincent Sennes (UVED) autour d’une question centrale : comment intégrer la sobriété numérique dans l’enseignement supérieur ?

Dans les établissements d’enseignement supérieur, une multitude de ressources existent pour permettre l’enseignement de la sobriété numérique.
Mais cette (nouvelle) thématique vient aussi avec son lot d’interrogations.

De quoi parle-t-on exactement ? Qu’est-ce qui existe déjà ? Où retrouver les ressources ? Entre les cours qui évoluent, les politiques d’infrastructure, les ateliers, les notes de cadrage… le sujet est omniprésent, mais encore difficile à saisir pédagogiquement.

D’autant plus que depuis la rentrée 2025, les enseignements TEDS (Transition écologique pour un développement soutenable) sont devenus obligatoires pour le niveau Licence, faisant des grands enjeux de la transition une nouvelle composante des parcours universitaires. Mais avec quelles modalités pédagogiques ? Quelle intégration dans les cursus ?

Entre la mise en place de ces enseignements et les actualités fortes autour du numérique, les établissements ont, plus que jamais, un rôle clé : celui d’aider les étudiantes et étudiants à faire des choix éclairés sur leurs usages et leurs impacts.

Pour y voir plus clair, nous avons organisé un nouveau Bol d’inspi, notre webinaire dédié à l’enseignement supérieur, le 16 janvier dernier. Pendant cette heure, nous nous sommes demandé comment intégrer la sobriété numérique dans l’enseignement supérieur, et comment l’articuler concrètement aux enseignements sur la transition écologique et le développement soutenable. Pour nourrir la discussion, nous avons réuni deux personnes au cœur du sujet :

Dans cet article, on partage avec vous les idées clés évoquées pendant le webinaire.

⌛️ Un petit tour d’horizon de l’article ?

1. Comprendre la sobriété numérique
2. Quelle place pour la sobriété numérique dans les cursus de l’enseignement supérieur.
3. Comprendre les enseignements sur la transition écologique et le développement soutenable (TEDS)
4. Les leviers et les freins
5. Intégrer la sobriété numérique sans surcharger les enseignantes et enseignants
6. En bonus : quelques méthodes actives
7. Introduction au Parcours Sobriété Numérique de Latitudes

1. Sobriété numérique, késako ?


Pour bien comprendre de quoi on parle, un point de départ s’impose. Qu’est-ce que la sobriété numérique ? Voici la définition proposée par le CNRS et l’Inria, dans le cadre du programme Alt Impact :

Dans un contexte où les limites planétaires sont dépassées, la sobriété numérique est une démarche indispensable qui consiste, dans le cadre d’une réflexion individuelle et collective, à questionner le besoin et l’usage des produits et services numériques dans un objectif d’équité et d’intérêt général. Cette démarche vise à concevoir, fabriquer, utiliser et traiter la fin de vie des équipements et services numériques en tenant compte des besoins sociaux fondamentaux et des limites planétaires. Pour cela, il est nécessaire d’opérer des changements de politiques publiques, d’organisation, des modes de production et de consommation et plus globalement de mode de vie. La sobriété numérique est donc complémentaire à une démarche d’efficacité qui ne peut répondre à elle seule aux enjeux cités. Son objectif est de réduire les impacts environnementaux du numérique, de façon absolue.

La sobriété numérique est de plus en plus mobilisée dans les politiques publiques et universitaires, mais avec des définitions très variables. Un papier de l’Université de Montréal “Sobriété numérique: principes et enjeux” (2025) la définit comme une démarche systémique, qui interroge à la fois les usages, les infrastructures et les finalités du numérique. Dans cette logique, la première question du webinaire donnait le ton : En quoi cette définition se distingue-t-elle d’une approche centrée uniquement sur les “écogestes numériques” ?

Vaste question. Il n’est pas simple de définir la sobriété numérique tant elle embrasse des dimensions différentes. Pour Vincent Sennes, la sobriété “ embarque davantage d’échelles, davantage d’acteurs et elle étoffe notre compréhension des chaînes de responsabilité”. Autrement dit, quand on parle de la sobriété numérique, il faut commencer par prendre un peu de recul et pour ça, il est indispensable de remonter la chaîne (de la conception à la fin de vie) et ne pas réduire le sujet à notre “propre utilisation”.

Par ailleurs, la sobriété numérique invite à questionner les besoins et les usages, et aussi, à regarder au-delà de l’efficacité. Il ne s’agit pas seulement d’utiliser mieux, mais aussi de s’interroger : pourquoi utilisons-nous tel service ? pourquoi tel objet existe-t-il ? quels usages juge-t-on nécessaires ? de quoi avons-nous réellement besoin ?

Dès lors, cette définition de la sobriété numérique ne peut pas se réduire à une somme de comportements individuels. Et c’est ici que les écogestes montrent leurs limites : seuls, ils ne suffisent pas.

Selon l’Université de la Sorbonne “un éco-geste est un « petit geste » simple de la vie de tous les jours permettant de réduire notre empreinte écologique, et notamment de faire des économies d’énergie”.

Comme l’expliquait Chiara, “le risque des écogestes, c’est de suivre parfois des directives qui sont obsolètes”, comme par exemple le tri des emails, très mis en avant ces dix dernières années, alors que ce n’est pas ce qui a le plus d’impact. Les écogestes, même s'ils sont indispensables aujourd’hui, peuvent être appliqués sans recul, sans compréhension fine des enjeux ni des conséquences  et parfois donner l’impression qu’on a “fait sa part”.

Il est essentiel de donner envie d’aller plus loin, de donner des outils et des clés : éveiller, sensibiliser, informer, puis former pour permettre à chacune et chacun d’adopter une posture éthique et réflexive, dans ses actions professionnelles et personnelles.

2. Quelle place pour la sobriété numérique dans les cursus de l’enseignement supérieur ?

Dans le cadre du programme Alt Impact, une cartographie recense les certifications et dispositifs de formation de l’enseignement supérieur intégrant au moins une compétence liée à la sobriété numérique. L’objectif : identifier la place accordée à ces enjeux dans les cursus, repérer les disparités (territoires, disciplines, niveaux d’études) et, si nécessaire, de définir et mettre en œuvre une stratégie de formation appropriée.

🔗 On vous invite à la découvrir juste ici.

Comme l’expliquait Chiara, qui a participé à l’élaboration de cette première cartographie publiée en mai 2025, les résultats ont été sans surprise très disparates. La cartographie identifie 31 formations, correspondant à 108 diplômes.

Elle met en lumière plusieurs disparités :


Depuis cette cartographie, l’enjeu pour Alt Impact est désormais de regrouper et valoriser les initiatives locales, pour éviter qu’elles ne restent isolées. C’est dans cette logique qu’a été créé un Réseau de référents et référentes Sobriété Numérique (une cinquantaine de membres partout en France), avec l’idée de mutualiser les formations et les initiatives existantes.

3. Comprendre les enseignements sur la transition écologique et le développement soutenable (TEDS)

En juillet 2023, une note de cadrage et de préconisations « Former à la Transition Ecologique pour un Développement Soutenable les étudiants de 1er cycle au plus tard à la rentrée 2025 », qui a été envoyée aux chefs d’établissements de l’enseignement supérieur. Elle fixe notamment l’objectif d’intégrer 30 heures de formation aux enjeux de transition, de la L1 à la L3.

La sobriété numérique n’y est pas mentionnée à proprement parler. Pourtant, ces enseignements permettent d’aborder un socle de notions transversales très proches : limites planétaires, arbitrages, justice sociale, dépendances technologiques, etc. Pour Vincent Sennes, les TEDS ont le mérite d’apporter un cadre clair avec un calendrier et un objectif commun : celui de développer des savoirs et des compétences de manière généralisée.


Vincent souligne que la mise en œuvre des TEDS s’inscrit dans un calendrier et une mise en mouvement progressive autour de ces objectifs (faire évoluer les savoirs et les compétences). En guise d’exemple, une nouvelle note a été publiée fin 2025 : celle-ci s’intéresse aux déclinaisons disciplinaires. “On va au-delà d’un socle commun que toute personne devrait avoir à l’esprit, on va vraiment sur comment les disciplines vont chercher à intégrer ça, à commencer à se transformer de l’intérieur, on va vraiment un peu plus loin”.

4. Qu’est-ce qui fonctionne pour enseigner la sobriété numérique ? Et quels sont les freins ?

On le disait en préambule de cet article, une multitude de ressources existent aujourd’hui pour permettre l’enseignement de la sobriété numérique. Et ce qui apporte beaucoup de joie chez Latitudes, c’est qu’il y a déjà de très beaux exemples à mentionner. On a évidemment posé la question à Chiara et Vincent, et on vous a concocté une petite compilation de leurs réponses :


🌞 Ce qui fonctionne :

J’ai remarqué que chez les étudiants, la réflexion sur les usages a l’air de les interpeller. Notamment quand on leur demande : est-ce que tel outil existe ? est-ce que telle fonctionnalité existe ? Et ils se rendent compte que beaucoup d’objets connectés assez absurdes existent. Donc ça les interpelle : c’est une première étape de sensibilisation qui fonctionne. Chiara Giraudo


Parmi les formats qui existent déjà pour embarquer les étudiants, on peut citer :

📎 Le café IA, qui est un moment d’échange au cours duquel les participants peuvent apprendre, expérimenter et débattre pour décider de leurs usages numériques, que ce soit avec, sans ou sur l’intelligence artificielle. Pour tout savoir sur comment organiser un Café IA, c’est par ici.

📎 Les Batailles de la Tech ou de l’IA : des ateliers de 2h, sous la forme de jeux de cartes, qui permettent d’explorer les enjeux sociaux et environnementaux du numérique et de l’IA, et les leviers d’action pour y répondre.

☁️ Et du côté des freins ?

On retrouve d’abord des difficultés classiques liées à la mise en œuvre :

Sur le plan pédagogique, un autre enjeu est régulièrement cité : la difficulté d’aborder ces sujets, qui peuvent être controversés, générer de l’anxiété, de la démotivation, voire du désintérêt chez certains étudiants. Pour les personnes qui enseignent, cela peut aussi soulever une question de légitimité, et créer des réticences au moment de se lancer.

Enfin, Chiara partageait également une nouvelle tension : celle des injonctions contradictoires.

"Entre l’impulsion de l’IA donnée par les ministères, avec certains chargés de mission IA qui sont nommés, et en parallèle l'urgence de ralentir dans ce contexte climatique, donc ça crée des blocages, des divergences idéologiques."


5. Comment intégrer la sobriété numérique sans en faire une "charge mentale pédagogique" supplémentaire pour les enseignants ?

Je pense que ça constituera de toute façon une charge mentale supplémentaire (…) mais je crois que développer ou s'engager avec l'impression d'être complètement décalé ou dissonant par rapport aux autres messages, aux grandes injonctions -au sein de l'établissement ou au sein de la société plus largement - c'est un point qui peut conduire à peut-être du découragement.

Pour Vincent, la clé réside peut-être justement dans la définition qu’on se fait de la “charge mentale”. Si celle-ci devient claire, et même indispensable, reste-t-elle encore une charge mentale ?

Un premier levier, très concret : aligner les stratégies et les actions pour embarquer et motiver les équipes. Un autre, tout aussi important : regarder du côté des étudiantes et étudiants :

"Qu'est-ce que font et qu’est-ce qu’attendent les étudiants par rapport à ça ? Peut-être qu’ils ne sont pas seulement des consommateurs irréfléchis de numérique, mais probablement qu'ils sont eux aussi connaissance de pas mal de sujets, et qu’ils sont en tension par rapport à certains usages..."

S'il y a bien une chose que l’on retient, c’est que ce qui pèse, ce n’est pas seulement le sujet. C’est le flou. Et quand les portes d’entrée deviennent “plus lisibles”, alors la charge mentale diminue, et on voit mieux par où commencer et comment avancer. 🙂

Enfin, Vincent soulève une question plus large : "dans l’enseignement supérieur, les thématiques s’accumulent. À un moment, faut-il continuer à les additionner… ou apprendre à les lier ensemble ?" Sur ce point, il le dit : il n’a pas de réponse définitive. Mais une conviction ressort en lien avec le sujet du jour : la sobriété numérique est “soluble” dans les TEDS. Même si elle n’apparaît pas explicitement dans la note de cadrage 2023, dès qu’on aborde les enjeux de transformation, on retrouve un langage commun et des compétences partagées : ce qui rend l’articulation possible.

6. Avant de se quitter : quelques méthodes actives

La sobriété numérique étant un sujet encore récent, Chiara rappelle qu’il est utile de s’appuyer sur ce que recommandent déjà les sciences de l’éducation : commencer par éveiller la curiosité, créer des prises de conscience… et surtout, d’éviter les cours descendants “d’appel à la peur”.

Voici quelques formats pédagogiques cités pendant le webinaire pour sensibiliser les publics, les éveiller ou encore donner envie d’aller creuser :


Et maintenant, on fait quoi ?

👉 Introduction au Parcours Sobriété Numérique de Latitudes

Quelle que soit la modalité, le numérique, pensé comme un système combinant matérialité, usages et cultures, est au cœur des enjeux de soutenabilité et nécessite d’être évoqué, tant il fait partie du quotidien de l’enseignement supérieur.

C’est dans cet esprit que Latitudes lance le Parcours Sobriété Numérique, conçu pour accompagner les enseignants et enseignantes du supérieur qui souhaitent intégrer les enjeux du numérique soutenable dans leurs cours.  L’objectif : fournir des formats directement activables pour faciliter l’animation d’une séance, la structuration d’un module ou l’enrichissement d’un programme existant.

On vous le détaillera dans un nouvel article la semaine prochaine. En attendant, vous pouvez déjà découvrir le parcours ici.

. . . . .
Sobriété Numérique
Ce contenu est inspiré de notre atelier
: Sobriété Numérique !

La plateforme proposant divers éléments (webinaires, ateliers, annuaire de personnes intervenantes, catalogue d'actions) pour les établissements de l’enseignement supérieur souhaitant enseigner et promouvoir la Sobriété Numérique.

. . . . .

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