À l'heure du numérique, ce qui reste irremplaçable, c'est le lien. Chaque semaine, dans des salles de classe ou dans des entreprises, des centaines de formateurs et formatrices aident les jeunes, et parfois les moins jeunes aussi, à comprendre ce qu'ils utilisent, à questionner ce qu'on leur propose, et à choisir la place que le numérique occupe dans leur vie.
Mais ce qui varie, c’est la manière dont chacun et chacune s'approprie ces sujets, pour en faire quelque chose d'unique face à son public. C'est cette rencontre entre l'outil et la personne qui le porte qui fait parfois toute la différence.
On a voulu donner la parole à celles et ceux qui portent ces sujets sur le terrain, et c’est pour cette raison qu’on vous propose cette série d’articles durant le mois de septembre. Et aujourd’hui, on part à la rencontre de Nicolas Huche.
La rencontre avec Nicolas
C'est au détour d'une conversation avec Augustin Courtier, co-fondateur de Latitudes, que je découvre le profil de Nicolas Huche. En quelques minutes, je découvre qu'il s'est non seulement formé à plusieurs ateliers chez Latitudes, au point de faire partie des meilleurs animateurs d'une année, mais qu'en plus, il a permis à 8 étudiants et étudiantes de se former à l'animation d'un atelier de sensibilisation à l'IA, pour aller à leur tour sensibiliser 10 classes de seconde. Au fur et à mesure de notre conversation (et de mon admiration grandissante), j'ai une certitude : j'ai envie de raconter son histoire ici.
Quand je contacte Nicolas pour la première fois pour lui demander de venir témoigner ici sur son expérience, il me répond aussitôt avec enthousiasme. Le rendez-vous est fixé, on se retrouve quelques jours après.
Nicolas Huche est responsable de l'innovation chez Néosoft. Dans le cadre de sa mission, il repère les changements de pratiques et de méthodes sur le numérique qui impacteront les salariés dès demain. Concrètement, il fait de la veille pour anticiper ce qui arrive sur le marché, et il la transforme en solutions concrètes pour les salariés mais aussi en offres pour les clients et clientes de Néosoft. C'est comme ça qu'il pilote notamment un grand programme de transformation autour de l'IA.
C'est par la veille, justement, qu'il découvre Latitudes et la Bataille de l'IA, et qu’il décide de se former à l'animation de l’atelier, à la fois dans une démarche personnelle, et aussi professionnelle.
En plus de son emploi chez Néosoft, et de son engagement bénévole pour Latitudes, Nicolas est également enseignant vacataire dans les universités de Poitiers et de La Rochelle.
Quand je lui demande ce qui, dans son parcours, l'a amené à se sentir concerné par le numérique responsable, Nicolas me raconte son année 2022, celle où il change de poste et de structure pour arriver chez Néosoft, mais aussi celle où il fait la rencontre de certaines personnes, comme Gwennaëlle Hirrien, elle aussi animatrice de la Bataille de la Tech. Par ailleurs, il participe au Green Tech Forum 2022, découvre différents contenus autour des enjeux du numérique, et le sujet prend alors toute son ampleur à ses yeux.
« C'est devenu un sujet sur lequel j'ai vraiment pris la mesure de ce qu'était le numérique responsable. Par la suite, j’ai même développé un certain niveau de compétences sur le sujet, jusqu'à écrire un livre blanc : Le guide pratique pour une Data plus responsable. Comme je viens de la donnée, j'ai pu constater un accroissement constant dans les volumes de données que l'on accumule. Pourtant une partie est inutile, redondante ou inexploitable. Diffuser ces principes et ces bonnes pratiques à tous les publics, c'est essentiel. »

Animateur phare de la Bataille de l'IA

La Bataille de l'IA, c'est un atelier sous la forme d'un jeu de cartes, qui permet d'explorer les enjeux sociaux et environnementaux de l'IA générative en 2h. Cet atelier s'adresse directement à des étudiants et étudiantes de l'enseignement supérieur, mais aussi à des salariés, citoyens et citoyennes, etc. Après l'avoir découvert, Nicolas décide de se former à l'animation de cet atelier, à la fois pour l'animer auprès des salariés de Néosoft, mais aussi pour ses étudiants et étudiantes des universités de La Rochelle et de Poitiers.
« Je l'ai proposé aussi bien pour les salariés que pour les étudiants. J'ai commencé à l'université de Poitiers, où j'interviens le plus, et ça a beaucoup intéressé : les étudiants et étudiantes étaient très impliqués car l'outil, et surtout l'approche, leur parlait. Puis il y a eu l'université de La Rochelle, où Cyrille SUIRE s'est aussi formé, donc on l'a animé en binôme. Progressivement, en discutant avec d'autres enseignants, ça s'est déployé plus largement. Au sein de Néosoft aussi, j'ai expérimenté l'atelier, ce qui a démontré qu'il apportait de la valeur et répondait à des questions des salariés. Grâce à ça, j'ai pu le déployer un peu partout en France et l'atelier est même entré dans le catalogue de Néosoft Training. »
Il devient même une année l'un des trois meilleurs animateurs de La Bataille de l'IA, avec une vingtaine d'ateliers organisés au compteur. De ces ateliers, Nicolas retient surtout la richesse des échanges et ces débats qui ne s'arrêtent parfois jamais. « Il y a des avis qui divergent très fortement, avec des personnes qui sont pour ou contre l'IA. Dans ces débats, ça va parfois très loin, il faut savoir accueillir ça avec bienveillance. »
Au cours de notre conversation, Nicolas me partage un souvenir qui l’a marqué :
« Lors d'une Bataille de la Tech, une question porte sur le temps d'écran moyen. Un étudiant répond qu’il passe plus de 6h par jour sur son téléphone, soit un quart de sa journée, ce qui est énorme. À la fin de l'atelier, il est revenu me voir pour me dire qu'il avait pris conscience à quel point TikTok était intrusif dans sa vie, et qu'il avait décidé de désinstaller l’application. »

La fois où il a réussi à sensibiliser 10 classes de seconde grâce à l’implication de 8 étudiants et étudiantes
Pour Nicolas, il n'y a aucun doute, pour changer le numérique d'aujourd'hui et de demain, il ne suffit pas de s'adresser aux salariés en poste, ou aux étudiants et étudiantes de l'enseignement supérieur. Il faut aussi commencer plus jeune, et s'adresser aux collégiens et lycéens pour les soutenir dans leur évolution face au numérique.
« Les étudiants et étudiantes, c'est un premier levier, mais il faut aussi agir auprès des lycéens et lycéennes. »
C'est comme ça qu'il découvre les ateliers Futurs Numériques de Latitudes, des ateliers participatifs conçus pour aborder, avec les élèves de collège et de lycée, le numérique, ses enjeux de mixité, mais aussi l'intelligence artificielle et la cybersécurité. Il a bien envie d'apprendre à animer ces ateliers pour toucher de nouveaux publics, sauf que sa vie est déjà bien chargée avec ses différents engagements.
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C'est là que lui vient cette idée : « Et si on formait des étudiants et étudiantes en études sup à l'animation de ces ateliers, en les faisant monter en compétences sur ces enjeux et sur l'art d'animer, pour qu'ils et elles aillent à leur tour les proposer aux lycéens et lycéennes ? » Et en bonus, ça permettrait même de faire la promotion des différentes filières de l'université !
Dans le cadre d'un conseil de perfectionnement du BUT Science des données à l'université de Poitiers, où l'équipe pédagogique fait le point sur la visibilité de la filière auprès des lycéens, il propose l'idée. Elle est approuvée, et le dispositif commence à s'organiser avec la mobilisation de la Direction du BUT qui se rapproche très rapidement d'un lycée à proximité.
Il propose le projet à ses étudiants et étudiantes, et huit se portent volontaires. Pendant deux mois, Nicolas les forme et les coache. Ils et elles s'approprient la présentation de Latitudes et les contenus de l'atelier Future of IA, puis chaque étudiant et étudiante doit également apprendre à animer l'atelier. Lors de la deuxième session blanche (un exercice où les futurs animateurs et animatrices s'entraînent à l'animation de l'atelier) la magie opère. « Là, c'était vraiment génial, ils et elles avaient pleinement le rôle d'animateurs. »
Mais je crois que ce qui me touche le plus, c'est la fierté que je ressens chez Nicolas. En tant qu'enseignant, l'expérience le marque différemment, plus gratifiante encore que d'habitude. Les étudiants et étudiantes découvrent les coulisses d'ateliers qu'ils ont vécus eux-mêmes en tant que participants. Ils et elles comprennent bien plus en profondeur les enjeux et impacts autour de l'IA, qu'ils et elles ne connaissaient jusque-là qu'en surface. « Depuis, ils et elles sont bien plus à l'aise pour en parler. »
Quelques mois plus tard, les ateliers avec les élèves de seconde se mettent en place. L'objectif est d'animer un atelier par classe de seconde, chacune divisée en deux groupes, soit 20 ateliers au total, menés par les étudiants et étudiantes en binôme. Avant les sessions réelles, une répétition grandeur nature est organisée auprès des professeurs et des éco-délégués. Les ateliers se déroulent ensuite à merveille. Les étudiants et étudiantes de l'université de Poitiers prennent leur rôle très au sérieux, et en profitent aussi pour présenter leur propre filière, suscitant au passage quelques vocations pour la science des données. 😉
Avant de nous quitter, je demande à Nicolas s'il a un mot pour donner envie à d'autres formateurs et formatrices de se lancer avec ces outils, ce à quoi il me répond « Ils et elles apprendront autant que leurs participants et participantes ». Et j’adore cette phrase de fin. 💛



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