Juin 2024, le moment est venu de choisir le sujet qui m’accompagnera sur ma dernière année de master en alternance – chez Latitudes, si vous avez bien suivi 🙈. Le hasard a fait que c’est aussi à cette période que nous avons commence à être sollicités pour animer nos ateliers dans des établissements au-delà des frontières françaises – et notamment en Grèce et en Italie.
Je me suis alors demandé :
« Mais au fait, le numérique, c’est comment chez nos voisins Européens ? Est-ce qu’on éduque, accompagne, incite, dissuade ? L’enseignement joue-t-il un rôle dans la digitalisation des sociétés grecque et italienne ? »
Je sentais que je commençais à être sur une bonne piste… Alors j’ai creusé.
Comme les demandes entrantes étaient plus importantes en Grèce et en Italie, j’ai décidé de porter mon étude sur ces pays et de l’axer autour d’une question :
Quels sont les facteurs clés du succès des formations au numérique responsable en Grèce et en Italie, et comment l’association française Latitudes peut-elle se positionner sur ces marchés ?
J’ai eu la chance et l’immense plaisir d’interviewer à la fois des professeurs et des spécialistes tech de Grèce et d’Italie, de pouvoir recueillir leurs réponses spontanées qui sont des données brutes exploitables, pour en tirer une conclusion.
21 interviews. Que dis-je ? 21 rencontres humaines, 21 discussions passionnantes avec des personnes altruistes et curieuses ont eu lieu cette année, au cours desquelles nous avons pu divaguer sur des sujets de numérique responsable, d’éducation digitale, d’intelligence artificielle, de craintes, d’espoirs…
La course à la digitalisation, vraiment ?
En France en 2024, 94,4 % des ménages ont un accès à l'internet. C’est 93,4% pour l’Italie, et seulement 86,9% pour la Grèce.
- Source : INSEE
Si je partais avec l’idée que le Covid avait forcé une grande partie des pays européens à s’adapter à l’ère du numérique, du moins à une vitesse et une intensité plutôt similaires à ce qu’il s’est passé en France, j’étais loin de m’imaginer que… en fait non.
« L’Italie est aussi un pays très traditionaliste… Il n’y aurait pas eu le COVID, on n’aurait jamais passé le cap de passer en ligne, ça c’est évident. »
- Verbatim d'un professeur italien interrogé
Un des éléments qui est souvent revenu lors des entretiens, c’est ce besoin et cette importance pour la Grèce et l'Italie de rester des sociétés traditionnelles, de choyer leurs racines, notamment dans le secteur de l’éducation. Les enseignants et enseignantes qui ont accepté de m’accorder un entretien sont unanimes sur l’urgence d’adaptation à la digitalisation qui touche le secteur de l’éducation, à la fois en Grèce et en Italie.
Les principaux enjeux que j’ai identifiés sont :
- Le manque de soutien, de contrôle et de gestion des sujets numériques par les gouvernements Italien et Grec. Les professeurs se retrouvent à chercher des formations de leur côté – encore faut-il qu’ils et elles aient une curiosité numérique ;
- Le vieillissement des professeurs, autant en Grèce qu’en Italie, qui dénote d’une attractivité décroissante des métiers de l’enseignement ;
- Beaucoup d’investissements dans du matériel informatique, trop peu dans la formation des professeurs à l’utilisation de ces outils (ordinateurs, tableaux blancs, vidéo projecteurs, intelligence artificielle majoritairement). Peu de budget consacré à l’éducation au numérique ;
- Manque de connaissance de la part des professeurs des enjeux sociaux et environnementaux du numérique (santé mentale et physique des jeunes, pollution numérique notamment) malgré une grande curiosité sur le sujet ;
- Pas de règles établies autour des IA génératives au sein des établissements, source de sentiments difficiles à gérer tels que la vulnérabilité, l’impuissance, le stress par exemple.
Mes surprises et réalisations
En 2024, 72% de la population française passait plus de 2 heures par jour sur les écrans pour un usage personnel.
- Source : Baromètre du Numérique 2025 par l’ANCT
Avant de commencer les entretiens, je me suis fait une idée des réponses que j’allais obtenir des personnes interrogées, en ayant notamment en tête les chiffres du baromètre du Numérique cité précédemment. Je pensais notamment :
- Que le numérique responsable serait surtout connu des spécialistes tech, un peu moins des professeurs.
Ce qui s’est avéré vrai : c’est un terme que tant les spécialistes tech que les professeurs entendaient pour la première fois. Les spécialistes avaient pour la plupart une idée de la définition et des enjeux du terme, les professeurs faisaient plus le rapprochement avec la cybersécurité et la protection des données.
- Que les établissements seraient équipés en terminaux comme des ordinateurs, que les professeurs sauraient s’en servir.
Les établissements équipés en terminaux sont majoritairement ceux situés dans les plus grandes villes (les deux capitales et des villes connues pour leurs grandes universités), ce n'est pas le cas pour tout le reste du territoire, avec une précarité notable pour les établissements du Sud de la Grèce et de l’Italie, et ceux situés dans les zones rurales. Les professeurs interrogés assument totalement ne pas savoir comment utiliser ces technologies qui sont très performantes, ils n’ont pas du tout été formés à cet usage.
- Qu’on en viendrait très vite au sujet de l’IA et des craintes des professeurs face à ce géant qui bouleverse les sociétés.
C’est le cas, toutes les personnes interrogées ont parlé des intelligences artificielles dès les premières minutes de l’entretien. Les spécialistes tech connaissent certains produits d’IA et en ont déjà fait l’usage, contrairement aux professeurs qui voient les IA de loin, et n'éprouvent ni curiosité ni réticence particulière à leur égard.
En fait, la digitalisation de la société est bien présente en Grèce et en Italie, c’est aussi le cas pour le secteur de l’éducation, mais bien plus lentement qu’en France. Les médias Grecs et Italiens ne parlent que peu de santé mentale, de protection des données, de risques liés aux réseaux sociaux.
Quelles pistes pour la suite ?
Si je devais choisir l’élément principal de ce que cette année de travail m’a permis de comprendre, c’est à quel point il est important d’accompagner en priorité les professeurs, enseignants et enseignantes et de leur proposer des formations sur les outils digitaux tout au long de l’année.
Il est nécessaire de les accompagner dans leur montée en compétence tech, de leur apprendre quels sont les risques et les bonnes pratiques à adopter en ligne, pour qu’un dialogue tech soit établi entre eux et leurs élèves. J’ai identifié une curiosité, une envie et un besoin très forts de leur part d’être des acteurs et actrices de la formation au numérique responsable.
La présentation des ateliers de la Bataille de la Tech et de la Bataille de l’IA a été un franc succès auprès de toutes les personnes interrogées, qui souhaitaient rejoindre la formation quasi immédiatement. Déployer ces ateliers de sensibilisation au numérique engagé et responsable en Grèce et en Italie a un immense potentiel : celui de prévenir avant de devoir guérir.
La digitalisation du secteur de l’éducation est un sujet absolument vaste, que j’ai étudié pour les cas de la Grèce et de l’Italie par le prisme de personnes que j’ai réussi à contacter majoritairement sur LinkedIn. L’échantillon n’est évidemment pas représentatif de tous les professeurs Grecs et Italiens, il s’agit de conclusions que j’ai pu tirer de ces 21 entretiens uniquement.
Pour finir, je souhaite remercier Latitudes pour leur confiance et leur disponibilité pour me guider dans la réalisation de ce mémoire de fin d’études, ainsi que toutes les personnes qui ont accepté de me donner de leur temps pour répondre à mes questions.