• PORTRAITS

    Chaque mois, l'équipe Latitudes vous propose de découvrir le portrait d'une personne qui nous a marqué.e.s, une personnalité inspirante dont nous souhaitons vous partager le parcours et qui, nous l'espérons, vous donnera envie de vous engager à votre échelle.

  • Pierre-Alain Lévêque

    Pierre-Alain Lévêque

    Qui de mieux indiqué que le co-fondateur du Low-tech Lab pour nous parler des Low-tech ?

     

    Nous avons eu la chance ce mois-ci de nous entretenir avec Pierre-Alain Lévêque, aventurier, aficionado des Low-tech, et fervent défenseur d’un retour aux sources, à la nature et à la simplicité

     

    Twitter : @lowtechlab

     

    Cet article est paru dans la newsletter d'avril 2019 : « Low-tech, tous fous de toi(t) – « Quand les Low-tech s'invitent sous notre toit : bienvenue à la maison ! »

    Entre études d'ingénieur et ingéniosité sur le terrain : le choc des cultures

     

    Attiré depuis toujours par la technique, Pierre-Alain s’est très naturellement orienté vers des études d’ingénieur – sans se poser beaucoup de questions, jusqu'au fatidique premier jour de stage, et à la question qui l'accompagne : « Pourquoi suis-je là ? ». D'autres ingénieurs qui nous lisent devraient se reconnaître dans sa réaction : « Je n'ai pas suivi des études d'ingé pour devenir ingénieur, mais pour mettre mes compétences au service de mes valeurs, et disposer d'une boîte à outils afin d’œuvrer pour ce que bon me semble. »

     

    Après un peu de bénévolat dans de petites associations, et quelques candidatures à des offres par défaut, qu'il estime alors « moins pires que d'autres », un certain Corentin (fondateur de Gold of Bengal) le contacte pour lui parler d'un projet étonnant : participer à la création d'un voilier traditionnel bangladais à 40% en fibre de jute. La curiosité, « l'aventure et l'appel de l'inconnu » font le reste : en 2012, l'équipe formée par Corentin entame la création du voilier – et depuis lors, Pierre-Alain n'a jamais quitté le navire Gold of Bengal.

     

    En construisant Gold of Bengal, 1er voilier en fibre naturelle, au cœur de la campagne bangladaise, Pierre-Alain est impressionné par l’inventivité et l’ingéniosité déployées au quotidien par les bangladais. Dans le même temps, Corentin tente une première expérience en bateau, qui se révèle être un échec et lui fait prendre conscience que ses compétences d’ingénierie ne lui permettent pas d’être autonome. Ce sont ces remises en question, alliées à l'émulation autour des systèmes simples mis en place par leurs hôtes, qui leur ouvrent les yeux sur la perspective des Low-tech. Leur mission devient alors toute autre : quatre ans plus tard, l'équipe lance Nomade des Mers, un catamaran-laboratoire des Low-tech pour un tour du monde à la recherche de ces solutions d'avenir ! [La première saison a été diffusée par Arte en octobre dernier.]

    Quelle place pour les Low-tech dans une économie occidentale résolument Hi-tech ?

     

    Au-delà de l'expédition, et de son succès médiatique, l'objectif du Low-tech Lab est ambitieux : rencontrer des acteurs Low-tech partout dans le monde, regrouper ce qui se fait déjà, et créer une plateforme de partage pour promouvoir le concept. Avec le voeu de créer « la NASA des Low-tech : un maillage de gens, de contributeurs, d’ONGs, de lieux, partout dans le monde, avec des gens qui s’intéressent à ces problématiques, pour que les initiatives Low-tech individuelles s’unissent et finissent par créer une autre forme d’action ».

     

    Fin 2016, Pierre-Alain jette les amarres en Bretagne, à Concarneau. Se pose pour lui une nouvelle question : « Y a t-il des systèmes Low-tech applicables chez nous, en France ? » Cette fois, Pierre-Alain n’embarque pas à bord d’un bateau mais d’un camion, pour réaliser un tour de France des Low-tech. Les solutions Low-tech qu'il rencontre puis référence sur la plateforme sous forme de tutoriels doivent toutes répondre à trois critères : économique (bon marché), écologique et ergonomique. Ce dernier s’avère même être « le plus important pour les occidentaux » : si la solution n’est pas ergonomique et design, elle n'emportera pas l'adhésion.

     

    Pierre-Alain et son équipe se lancent alors un nouveau défi : construire un prototype de maison Low-tech sous forme de « tiny house », intégrant ces trois critères. Systèmes de récupération de pluie, douche recyclable, système d’épuration, chauffage solaire, chauffe eau solaire à partir de grilles de frigo récupérées, poêle de masse à inertie semi-démontable... Le concept prend vie. L'équipe a d'ailleurs déjà commencé à y habiter, et prévoit de continuer à le développer d’ici à la fin de l’année – preuve que les Low-tech ont bien leur place dans notre quotidien occidental !

    Des difficultés de l’implémentation des Low-tech

     

    Pour Pierre-Alain, « le principal frein au déploiement des Low-tech aujourd'hui est le défaut de design, et l’image de "bricolé" qui leur colle à la peau ». Pourtant, « Low-tech est loin d'être synonyme de Low-quality, bien au contraire, puisque l'un des critères de la Low-tech réside justement dans sa robustesse ! »

     

    En revanche, le bât blesse souvent au niveau de la scalabilité. Pierre-Alain admet notamment qu'il « peut être compliqué de mettre en place certaines solutions à grande échelle, surtout en milieu urbain » : la plupart des solutions sont aujourd'hui testées au milieu rural (le locataire d'un appartement ne pourrait pas installer un capteur à air chaud sur la paroi de son immeuble). Même avec des solutions déployables, reste un véritable enjeu de démocratisation du concept : « on a beaucoup travaillé avec les makers pour le moment, soit une faible proportion de la population », et un axe d'amélioration constituerait donc à créer un réseau de production, distribution et installation, afin de pouvoir toucher le grand public.

     

    Un levier serait de parvenir à créer une filière de production, aujourd'hui inexistante, en travaillant à chaque maillon de la chaîne (on pourrait par exemple s’adresser aux recycleurs de frigos, pour récupérer les grilles avant qu’elles ne soient mises à la benne, afin de construire des chauffe-eau solaires), et en impliquant des entreprises de l’ESS dans cette filière de production (des entreprises d'insertion ou de recyclage pourraient alors construire les kits de montage des mêmes chauffe-eau solaires).

    Et si on ne voyait pas la sobriété comme une contrainte ?​
     

    Parmi les choses qui lui tiennent à cœur, Pierre-Alain tient à rappeler qu'il n'est « pas du tout anti Hi-tech » : il est bien conscient que « les Low-tech sont un moyen et non une fin en soi », et d'ailleurs convaincu qu’il « faut savoir mettre de la tech quand il faut », citant notamment le domaine médical. Mais alors, comment peut-on agir à notre échelle, notamment quand on vit dans un immeuble en ville, et non dans une tiny house ? Pierre-Alain parle avec simplicité des choix personnels que nous pouvons tous faire, en questionnant nos besoins : « ai-je vraiment besoin de cet objet, compte tenu de l'impact qu'il a ? » Certes, ces initiatives individuelles n’ont pas d'impact sociétal immédiat, mais elles ont souvent une incidence vertueuse dans notre sphère d'influence, plus large, notamment professionnelle : « l'important, c'est avant tout d'entamer la démarche ».

     

    Récemment, il a entendu le ministre de l’environnement énumérer différents scénarios dans le cadre de la fermeture des usines à charbon, concluant son propos par : « et si ça ne marche pas, il faudra se serrer la ceinture ». Pour Pierre-Alain, ce type de discours est complètement ubuesque : « présenter la sobriété comme une contrainte est une erreur, quand on sait que commencer une démarche de sobriété peut être très efficace et permettre de relier énormément de problématiques sociales et environnementales », d'autant qu'après son bateau au Bengladesh et sa petite maison à Concarneau, il « peut témoigner du caractère très ludique que revêtent les Low-tech ».

     

    Heureusement, Pierre-Alain est optimiste quant au futur des Low-tech : « on est passés d’un truc de hippie à un phénomène émergeant dans la société, preuve que ça rentre dans les mentalités : les nouvelles générations sont beaucoup plus sensibilisés, et en une génération, plein de choses peuvent changer ». En témoignent l'essor d'autres initiatives comme « Zero Waste » ou « NégaWatt », qui viennent compléter le tableau et donner de l'ampleur à ce mouvement qui prône la parcimonie et le retour à la simplicité.

  • Xavier Lavayssière

    Corinne Berland

    Ce qui est formidable quand on discute avec un enseignant, c'est qu'on finit toujours par ressortir en ayant appris quelque chose. Ce mois-ci c'est avec une enseignante que nous avons eu la chance d'échanger, et pas une enseignante tout à fait comme les autres !
     
    Avec son parcours atypique d'ingénieur dans l'industrie, devenue enseignante-chercheuse puis spécialiste de l'innovation pédagogique et enfin Directrice des Études de l'ESIEE – l'une de nos écoles partenaires –, Corinne impressionne par sa détermination constante, son authenticité et son engagement tenace.

     

    Twitter : @cobe_fr / @ESIEEParis

     

    Cet article est paru dans la newsletter de mars 2019 : « Réalité virtuelle et éducation – Quelle place pour les technologies, dans le processus profondément humain de l'apprentissage ? »

    De l'électronique haute fréquence au MBA, trajectoire d'une femme déterminée

     

    A sa sortie de l'ESIEE Paris il y a 30 ans, diplôme d'ingénieur électronicienne en poche, Corinne entre résolument dans le monde de l'industrie, en rejoignant Alcatel pour travailler sur de l'électronique analogique haute fréquence, un domaine très pointu dont les applications sont, tout simplement... les premières générations de téléphones portables ! Comme elle le dit elle-même, « je suis une technique, une ingénieur avant tout, qui n'a peur de rien quitte à tout casser et à déboucher sur de nouvelles découvertes ».
     

    Elle y restera 9 ans, avant que 2 naissances ne l'éloignent, un peu malgré elle, de ce monde industriel parfois âpre : « Alcatel à l'époque, c'était un milieu d'hommes, l'électronique c'était très difficile pour les femmes ». En creusant un peu, elle comprend que si on lui a retiré des responsabilités à son retour de congé maternité, c'est parce que « Mais Corinne, c'est bien connu, une femme avec 2 enfants, on ne peut plus compter sur elle. » (sic!) Il n'en faut pas plus pour lui donner le déclic qui l'orientera vers un changement de carrière : ce sera l'enseignement.

     

    En 1998 elle revient à l'ESIEE, passe un doctorat, devient enseignante-chercheuse en 2001, et est habilitée à diriger des recherches en 2010. Jamais rassasiée, Corinne ne s'arrête pas là, passe un MBA en parallèle de son travail, et complète sa formation par un Master de Chef de projet e-learning. Enfin, après plusieurs postes notamment liés à l'Innovation Pédagogique à l'ESIEE, et alors que jusque là, de son propre aveu, elle « piétinait encore un peu », Corinne est devenue il y a quelques semaines Directrice des Études de l'ESIEE : aboutissement mérité pour cette bosseuse au caractère bien trempé.

    Son cœur balance entre technique et pédagogie... mais alors, que pense-t-elle du numérique à l'école ?

     

    Aguerrie sur le sujet, qu'elle a étudié, expérimenté, documenté, Corinne déroule ! Il y a d'abord le numérique comme outil collaboratif : « A l'ESIEE, comme dans d'autres écoles, nous avons depuis longtemps un LMS » (pour Learning Management System, une sorte d'espace partagé où chacun peut retrouver des ressources : supports de cours, devoirs à rendre, évaluations). « C'est vraiment la phase numéro un de l'utilisation du numérique dans l'enseignement, mais c'est un outil de base très important pour tout le monde, qui permet de se concentrer sur le reste ».
     
    Mais là où le numérique devient vraiment intéressant, c'est quand un.e enseignant.e peut s'en saisir pour venir en complément de son cours, et aider à l'appropriation et à l'apprentissage du cours par les étudiant.e.s. Des exemples, elle en a plein la tête : « En cours d'électronique, j'utilise un exerciseur en ligne (WIMS), qui permet de générer des situations avec des variables aléatoires, et donc de mettre les étudiants devant des cas bien plus variés que si je leur avais donné une liste figée d'exercices à réaliser. » Ses collègues ne sont pas en reste : « On a un enseignant qui a filmé tous ses cours, rangés par chapitres, pour que les étudiants puissent les revisionner quand ils veulent approfondir un concept. »
     
    Attention, elle reste cependant intransigeante sur une chose : « Le numérique doit être là pour aider les étudiants, pas pour réduire le nombre d'heures de cours. » Hors de question pour elle d'utiliser le e-learning comme un prétexte pour laisser les élèves seuls devant un écran, sans explications ni accompagnement. D'ailleurs elle est formelle, ces méthodes ne fonctionnent que si elles sont à l'initiative de l'enseignant.e, qu'elles viennent en support de son cours, et surtout qu'il ou elle sait en faciliter l'adoption par les étudiants : « Et ce n'est pas la partie la plus évidente ! »

    Le plus beau métier du monde, à l'épreuve de la réalité virtuelle ?

     

    Pour cette passionnée de pédagogie, la réalité virtuelle a des atouts indéniables : elle permet notamment de créer des situations et des scenarii d'apprentissage variés, que l'on ne sait pas reproduire dans le monde réel – elle donne l'exemple de GTRgaz qui forme ses agents de maintenance en situation dangereuse grâce à la réalité virtuelle, ou d'étudiant.e.s en architecture qui sont mis.es en situation quasi-réelle au cœur d'un bâtiment.
     
    Surtout, elle crée les conditions d'un apprentissage facilité. « Pédagogiquement, l'apprentissage expérientiel (par expérience, ndlr) permet un bien meilleur ancrage mémoriel. » Et le sentiment de présence offert par la réalité virtuelle, en combinant une immersion réaliste et des interactions fortes avec le milieu, favorise grandement l'appropriation du sujet par l'apprenant.e. Elle a même entendu parler d'une expérimentation de l'Université de Sherbrooke qui permet à des étudiant.e.s à distance d'être virtuellement dans la même classe en réalité virtuelle, pour faciliter les travaux de groupe ou les échanges multiculturels par exemple.
     
    Bien sûr, il ne s'agit pas de mettre de la réalité virtuelle n'importe où. « En électronique par exemple, on n'y gagnerait pas grand chose : pour connecter des fils sur un circuit électronique, on a nos salles de TP » avance-t-elle avec un brin d'ironie. Il faut le faire sur des sujets spécifiques, quand cela apporte une vraie différence, d'autant que « les temps de développement sont monstrueux ! déjà les supports numériques c'est long, les vidéos encore plus, alors la VR je ne te raconte pas ! » Et puis il faut aussi aider les étudiant.e.s à faire la part des choses : éviter le risque de distraction, d'isolement, ou encore l'incapacité à transposer les apprentissages dans la vie réelle.
    Garder l'enseignement au cœur
     
    Depuis son arrivée à l'ESIEE, Corinne s'est beaucoup investie dans les différents organes de l'école, à accompagné des enseignant.e.s pour les aider à obtenir des financements sur leurs innovations pédagogiques, a peu à peu arrêté la recherche pour se consacrer à ses nouveaux engagements... mais sans jamais quitter ses fonctions d'enseignement, qui sont après tout la raison première de sa présence à l'école.
     
    « Déjà dans l'industrie, ce que j'aimais bien, c'était expliquer aux autres. A la fin, quand j'étais devenue chef de projet, je faisais pas mal de formations : dans ces cas-là, je savais que je faisais quelque chose de constructif. » Même devenue Directrice des Études, elle tient, encore et toujours, à garder ses heures d'enseignement : « Les étudiants je les connais bien, je les vois depuis longtemps, j'ai de vraies relations de confiance avec eux, et il ne faut pas perdre ça ! C'est ce qui me permet ensuite de porter des projets qui ont du sens. »
     
    C'est donc sans surprise qu'elle conclut notre échange sur une conviction sans équivoque : « La technologie doit aider la pédagogie. Elle ne remplacera ni le prof, ni l'accompagnement. Par contre c'est un formidable outil pour personnaliser l'enseignement, et surtout un énorme levier de motivation : les élèves sont à leur rythme, ont toujours en ligne de mire un but atteignable, valident de petites étapes au fur et à mesure, comme dans un jeu, et voient qu'ils peuvent y arriver ! C'est vraiment cette motivation qui est la clé de tout, quand on arrive à la saisir. »
  • Xavier Lavayssière

    Aurore Bimont

    Ce mois-ci, nous avons eu la chance d'échanger avec Aurore Bimont, co-fondatrice de Système D, premier incubateur d'innovation démocratique de France. Elle s'investit au quotidien pour accompagner des projets qui vont révolutionner notre rapport à la citoyenneté.

     

    Après être partie à la découverte des innovations démocratiques à travers la France, Aurore a décidé de partager son expérience sur les enjeux de la transition démocratique.

     

    Twitter : @AuroreBimont / @SystemeD_

     

    Cet article est paru dans la newsletter de février 2019 : « Civic Tech et démocratie – La technologie a-t-elle le pouvoir de nous mener vers un véritable renouveau du pacte démocratique ? »

    De la transition écologique à la transition démocratique, il n’y a qu’un pas !

     

    D’abord engagée sur des thématiques écologiques, Aurore participe à des simulations de sommets environnementaux. C’est à travers ces différentes négociations entre les acteurs impliqués dans le domaine de l’écologie, qu’elle prend conscience de l’étendue de la sphère politique et de l’impact de celle-ci. Elle en est alors persuadée : « aucune transformation écologique, sociale ou économique ne serait possible sans transition démocratique ! »

     

    Pour mieux en comprendre les enjeux, elle décide de partir à l’aventure et de se lancer dans un tour de France des initiatives citoyennes. Dans le cadre d’un voyage exploratoire d’un an monté avec 3 amies, elle sillonne la France pour découvrir les nouveaux acteurs de la démocratie de demain. Entre éducation populaire, démocratie en entreprise et initiatives de Civic Tech, elle explore alors un tout nouvel écosystème.

     

    Elle prend conscience des enjeux de ce secteur à l’heure où les pouvoirs publics semblent fonctionner en autarcie et où les citoyens sont de plus en plus méfiants. A son retour, elle souhaite alors construire une structure capable d’accompagner cette transformation démocratique. « Avec l’approche des élections présidentielles de 2017, le système politique était en émulation et les nouvelles initiatives démocratiques fleurissaient de toutes parts. »

     

    Aurore réalise alors que les organisations capables d’accompagner ces nouveaux acteurs dans leur construction sont rares. C’est le déclic : au sein de Démocratie Ouverte, elle rejoint Romain Slitine et Elisa Lewis pour co-fonder Système D, le premier incubateur d’innovation citoyenne et démocratique. Son objectif ? Accompagner des solutions alliant haut potentiel d’impact (souvent rendu possible via la technologie), éthique et ambition démocratique.

    « Le numérique est un des outils possibles pour remettre le citoyen au centre du projet démocratique »

     

    Aurore en est sûre, la Civic Tech a beaucoup de potentiel ! « L’aspect technologique peut permettre de réaliser des projets jusque là impossibles ». Il permet par exemple de massifier la participation citoyenne en proposant à des milliers de citoyens de contribuer de manière simultanée à des consultations. C’est également un outil qui peut révolutionner les questions sur la transparence et l’accès à l’information. Ces technologies sont particulièrement efficaces pour rapprocher la jeune génération de la politique, car elles offrent des alternatives aux outils traditionnels (conseils de quartier, journaux...) davantage adaptés à leurs pratiques. Les possibilités sont incroyables !

     

    Cependant, elle veut également nous mettre en garde sur un aspect : la Civic Tech doit être accompagnée et combinée avec des actions de terrain. « De nombreux projets ont un volet numérique mais ne se retrouvent pas dans le terme de Civic Tech car ils le trouvent trop restrictif ». Au sein de Système D, elle contribue alors au développement de projets qui utilisent le numérique... mais pas que ! Leurs actions en ligne sont complétées par des ateliers d’intelligence collective, des évènements ou des programmes de mobilisation. Un bon accompagnement en physique permet une bonne utilisation de la Civic Tech en ligne !

     

    Elle a ainsi à cœur d’encourager des projets avec un but pédagogique comme le projet Jardinièr.e.s du Nous, une plateforme coopérative qui combine un MOOC pour se former à la gouvernance partagée, l’accès à des accompagnateurs et la possibilité de relever des défis concrets pour pratiquer sur le terrain. L’accès à une information fiable et diversifiée est également un enjeu capital pour elle : elle soutient notamment plusieurs projets de lutte contre les fake news pour donner toutes les cartes en mains aux citoyens pour s’investir !

     

    Le futur de la Civic Tech ?

     

    Selon Aurore, « les initiatives émergentes de Civic Tech sont spontanément encore trop portées sur l’aspect quantitatif ». Même si la massification est une des forces incontestables des technologies, il est important qu’elle ne soit pas la seule : il faut aussi qu’elles puissent augmenter la qualité du débat public et des prises de décision. C’est pourquoi, avec les projets accompagnés au sein de Système D, elle veut tendre vers une démocratie délibérative. Le but ? faire dialoguer les gens et utiliser l’intelligence collective pour faire émerger la meilleure position collective possible.

     

    Elle met également l’accent sur l’importance de diffuser l’utilisation des Civic Tech vers les territoires les plus éloignés. Les métropoles concentrent la majorité des informations et des pôles de décisions. Il est donc essentiel que ces nouveaux outils permettent de rééquilibrer ce rapport de force en ramenant un pouvoir décisionnaire à des territoires en marge.

     

    Ces innovations démocratiques se heurtent également souvent aux problématiques de financement. « Leurs ambitions démocratiques les éloignent du système de levée de fonds capitalistique », la logique de marché n’étant pas toujours adaptée à leur projet. Par ailleurs, l’influence des financeurs qui pourraient nuire à l’indépendance des outils rend la question du financement particulièrement épineuse ! Aurore met en avant le potentiel de développement de la philanthropie dans ce domaine, la nécessité de diversifier les financeurs et le besoin d’adapter la législation pour favoriser le développement de modèles économiques hybrides.

     

    La Civic Tech a, semble t-il, encore de beaux jours devant elle... à condition de ne pas oublier que la technologie n’est finalement qu’un outil et qu’elle ne se suffit donc pas à elle-même ! L’avenir de la Civic Tech dépendra avant tout de la manière dont nos sociétés vont l’accueillir !

     

  • Xavier Lavayssière

    Flavian Gontier

    Ce mois-ci, nous vous invitons à découvrir Flavian Gontier, étudiant à Epitech. Derrière ce jeune homme calme et réfléchi, qui nous partage son expérience en toute sincérité et avec humilité, se cache presque un serial entrepreneur de la Tech for Good – et une véritable réflexion de fond sur la question des données personnelles dans la santé.

     

    À 20 ans à peine, il a déjà développé un objet connecté au service de patients greffés, amorcé un projet de lutte contre l'usurpation d'identité via la blockchain, mis en place des chaudières écologiques réutilisant la chaleur produite par des serveurs, et démarre un projet d'intelligence artificielle pour prévenir les chutes de personnes âgées.

     

    Cet article est paru dans la newsletter de janvier 2019 : « Objets connectés et santé – Entre promesse d'une vie meilleure, et menace pour notre intimité... un sujet éminemment personnel. »

    « Je pensais qu'avoir un impact social m'était inaccessible »

     

    Flavian nous explique qu'à ses débuts, il était bien loin d'imaginer l'impact qu'il pouvait avoir : « Pour moi, l'idée d'inventer un nouvel outil qui pourrait aider les gens, c'était Pasteur, c'était tous ces gens-là qui avaient inventé de grandes choses, mais ce n'était pas moi ». Alors quand il lance son premier projet, dans le domaine de la santé, il le choisit avant tout « pour le fun » : « Je me suis lancé dans un projet avec de l'électronique, un prototype physique, quelque chose de très concret. »

     

    « Spiri », un spiromètre connecté, est son premier projet : l'outil permet de suivre et surveiller l’état de santé des patients venant de subir une greffe pulmonaire, remplaçant le processus actuel qui nécessite des allers-retours à l'hôpital tous les 3 jours. Hébergé au sein du pôle médical de l’Innovation Hub d'Epitech, le projet est présenté devant le congrès du Syndicat des Médecins Libéraux (SML), le plus gros syndicat de médecins de France !

     

    Dès ce premier projet, Flavian et son associé allient non seulement le « fun », mais également une véritable prise de conscience sur l'impact qu'ils pourraient avoir pour de nombreux patients – on le sent pleinement concerné par la question, surtout quand il nous parle de leurs conditions de soin : « Aujourd'hui, le système est relativement insupportable pour eux, et vraiment archaïque ! »

    « Petit à petit je me suis rendu compte que je pouvais largement faire quelque chose grâce à mes compétences »

     

    Pour Flavian, cela marque le début de nouveaux projets tech, avec cette fois en ligne de mire non seulement le « fun », mais surtout la quête d'un impact social et environnemental important ! Il monte successivement Tresorio, un système utilisant la chaleur de serveurs pour servir de chaudières, qui est aujourd'hui implanté sur 3 sites ; puis SkillZ, qui utilise la blockchain pour lutter contre l'usurpation d'identité sur certains lieux de travail ; et enfin Blind, un nouveau projet de HealthTech – même à 20 ans, on ne se refait pas ? Chassez le naturel, il revient au galop !

     

    La genèse de Blind ? Lors d'un hackathon de 3 jours au cœur de Lowpital, un constat frappe les étudiants : 80% des entrées de l'hôpital sont dues à des chutes. Pire : la chute en elle-même n'est souvent pas très grave, mais ce qui aggrave les choses, c'est le temps pendant lequel la personne va rester à terre – « Chaque heure double le temps passé à l'hôpital ! » Bien sûr il est possible de proposer à la personne de porter un bracelet connecté, mais cela présente encore beaucoup d'inconvénients : coût élevé, risque que la personne ne porte pas le bracelet en permanence (pour les chutes au réveil notamment), sans oublier que le fait même de porter un bracelet renforce le sentiment de dépendance de la personne.

     

    « On s'est rendu compte que les solutions proposées n'étaient pas pleinement satisfaisantes. On a donc essayé de voir comment, avec ce que l'on sait faire, on pourrait apporter une solution plus adéquate. » Grâce à leurs compétences, ils proposent une approche novatrice, qui utilise ce qu'on appelle la « vision par ordinateur » : au lieu de mettre une personne derrière une caméra pour voir si la personne est tombée, on demande à l'ordinateur de le faire. Les premiers essais sont vite concluants : « En 2 jours on a réussi à avoir une première version ! puis on a testé de nouvelles versions tous les mois. »

    Objets connectés, santé, et... inévitablement, données personnelles : « Dans le cas de Blind, anonymiser l'image simplifiait la vie de tout le monde »

     

    Le projet s'accélère : « Un jour on s'est lancés, et on est allés à un salon organisé par l'INVIE. » Là-bas, ils exposent leur prototype et rencontrent personnes âgées, aidants, et familles : « On a beaucoup de chance d'avoir eu des retours d'autant de personnes, cela a vraiment été clé pour avancer sur le projet avec un regard critique. » Se pose alors, très tôt, la question de l'anonymisation des données récoltées par leur système : que faire des images, prises dans l'intimité de la vie des personnes, dont on veut pourtant prendre soin ?

     

    Les choses sont parfois bien faites : c'est en cherchant des algorithmes de détection de mouvements qui garantissent l'anonymat, qu'ils se sont rendu compte qu' « anonymiser l'image simplifiait la vie de tout le monde ! » Pour les patient.e.s, c'est l'assurance d'éviter toute dérive possible du projet ; pour les développeurs, c'est l'opportunité de minimiser le nombre de données à traiter par l'intelligence artificielle, et donc d'augmenter son efficacité.

     

    « Par exemple, si vous bougez un bras, avec Blind on va juste voir un bras avec différentes couleurs : le rouge si ça va vers le haut, le bleu si ça va vers le bas ; et on le verra avec plus ou moins d'intensité en fonction de la vitesse à laquelle le bras bouge. Aujourd'hui, pour le prototype, on utilise une caméra ; mais on ne l'utilise que comme un capteur de flux de mouvements, on ne voit jamais l'image en clair. À terme, on ne veut même plus utiliser de caméra, et uniquement récupérer les mouvements au moyen de capteurs spécifiques. »

     

    Et si, finalement, innovation sociale et innovation technologique étaient faites pour aller de pair, et se renforçaient l'une et l'autre ? Si la question du respect des données personnelles en santé n'était en fait qu'une nouvelle opportunité pour innover ?

    « D'un point de vue technologique, en tant que développeur, c'est très intéressant ; et d'un point de vue éthique c'est super motivant ! »

     

    Une constante semble revenir dans les projets de Flavian, actuels et à venir : « Je veux allier à la fois un impact positif sur les personnes, et de l'informatique poussée. » Avec le recul qu'il commence – tout juste – à avoir, il se projetterait bien vers « explorer de nouvelles possibilités dans le domaine médical de la vie de tous les jours, comme Blind : d'un point de vue technologique, en tant que dev, c'est très intéressant ; et d'un point de vue éthique c'est super motivant ! »

     

    Lorsqu'on lui demande s'il a un message à faire passer à des jeunes qui souhaitent s'engager dans la Tech for Good comme lui, il nous répond sans hésiter qu'il faut « oser faire, tenter, échouer, et recommencer » : après tout, « Quand on est jeune on a la chance d'être à peu près pardonné de tout, à partir du moment où l'on est de bonne foi ! » On a beau nous l'avoir répété, il faut avouer que le message prend une certaine profondeur quand il sort de la bouche d'un jeune étudiant de 20 ans, qui n'en est déjà plus à son coup d'essai.

  • Anna Choury

    Louis Moreau

    Ce mois-ci, nous allons à la rencontre de Louis Moreau. Passé par la Fondation Sigfox, Louis est maintenant développeur Full Stack chez Goodeed, une plateforme qui permet de faire des dons gratuitement en regardant des publicités.

     

    Avec Louis, l'engagement sociétal semble presque facile : comme il le dit à ses étudiants à HEI, « en tant que développeurs, nous avons la chance de pouvoir choisir notre employeur, et donc un métier en accord avec nos valeurs. »

     

    Twitter : @luisomoreau

     

    Cet article est paru dans la newsletter de décembre 2018 : « Data marketing et solidarité – La fin justifie-t-elle les moyens ? Le ciblage marketing peut-il (doit-il) maximiser la solidarité ? »

    D'où vient cette sensibilité aux questions sociétales ?

     

    Il paraît qu’il ne faut pas le dire, mais l’histoire de Louis avec l’informatique débute lorsqu’il a 16 ans, au moment où il “crack” ses premières clés WIFI. Elle continue à HEI, école d’ingénieurs généraliste où il finit par se spécialiser en informatique, et surtout par vivre de nombreuses expériences à l’étranger : que ce soit en Angleterre, en Nouvelle-Calédonie ou en Espagne, Louis a le goût de l’aventure !

     

    C’est d’ailleurs en Nouvelle-Calédonie que Louis découvre les questions sociétales et environnementales, même s’il pense que la sensibilité à ces questions est aussi beaucoup due à l’éducation reçue par ses parents. La Nouvelle Calédonie fait effectivement très attention à protéger son environnement et sa biodiversité. Ses découvertes se poursuivent lors d’un stage à Toulouse où il travaille sur une application qui promeut les gestes éco-responsables, puis à Madrid, où il ne suit plus uniquement des cours techniques, mais également des cours sur le business et sur l’entrepreneuriat qui lui permettent de s’ouvrir aux problématiques qui gravitent autour des nouvelles technologies.

    Sigfox lui offre l'opportunité de travailler avec ses technologies au service de la protection des rhinocéros, et de l'assistance aux populations lors d'un séisme

     

    Finalement, c’est suite à son stage chez Sigfox que Louis va définitivement plonger dans le bain de ce qu’on appelle les Tech for Good, c’est à dire l’innovation technologique au service de la résolution d’enjeux de société. Marion Moreau, directrice de la Fondation Sigfox, et Ludovic Le Moan, CEO de Sigfox, lui proposent de rejoindre leur équipe pour travailler sur des projets d’impact à l’échelle internationale, qui sont portés par la Fondation Sigfox.

     

    Le premier projet sur lequel Louis travaille – Now Rhino Speaks – concerne la protection des rhinocéros, dont toutes les espèces sont actuellement en voie d’extinction [1]. En utilisant la technologie Sigfox, l’objectif est de venir en aide aux rangers qui surveillent les rhinocéros pour mieux suivre les animaux grâce à des capteurs “intra-corne”. Pendant 2 ans, Louis fait évoluer la technologie en lien très étroit avec les experts sur place – Louis se rend d’ailleurs au Zimbabwe – afin d’arriver à une version prête à être industrialisée et déployée à plus grande échelle.

     

    Le second projet fait suite à un séisme survenu au Mexique et ayant fait plus de 300 morts. Là-aussi, Louis cherche à voir comment les capteurs et le réseau Sigfox peuvent permettre d’alerter au plus vite les habitants dès que des secousses se font ressentir. En connaissant la vitesse de propagation des secousses et leur amplitude, l’objectif est de faire gagner de précieuses secondes aux habitants afin qu’ils aient le temps de se mettre à l’abri.

     

    Après 2 ans, Louis veut partir à la quête de nouvelles aventures pour découvrir d'autres technologies et intégrer une équipe avec des développeurs plus seniors que lui pour continuer à monter en compétences. Cette fois, et alors que ce n’était pas forcément un critère de choix au début de sa vie professionnelle, Louis veut absolument trouver un travail en phase avec ses valeurs, et avec l’impact positif qu’il souhaite avoir sur la société.

    « Si tu regardes un article sur la déforestation sur ton média préféré, tu peux par exemple avoir une publicité qui te permet de soutenir une association qui œuvre pour la reforestation. »

     

    Depuis maintenant 3 mois, Louis travaille chez Goodeed. Goodeed est une plateforme qui permet de faire des dons gratuitement. Comment ça marche ? Les utilisateurs de Goodeed regardent une publicité, et 60% du revenu généré par cette publicité est reversé à une association. Aujourd’hui, quasiment 300 000 utilisateurs utilisent Goodeed, que ce soit via le site internet ou via l’application mobile. Louis a été recruté pour créer une solution qui permette aux utilisateurs de ne plus forcément passer par le site ou l’application : l’idée est de créer un widget afin que les utilisateurs puissent faire des dons gratuits depuis des sites partenaires comme des médias. Un petit bandeau afficherait par exemple “Cette publicité est une publicité solidaire”, et l’utilisateur pourrait ainsi faire un don gratuitement à une association en la regardant jusqu’à son terme.

     

    Les possibilités offertes par le data marketing sont multiples dans le cas de Goodeed : en utilisant les données des utilisateurs, Goodeed pourrait théoriquement mieux cibler les publicités proposées à ses utilisateurs, et ainsi maximiser les dons réalisés à des associations. Mais qu’en est-il vraiment ? Aujourd’hui, Goodeed n’exploite pas pleinement toutes les possibilités, mais y travaille ! Louis étudie notamment le potentiel de la contextualisation, c’est-à-dire la façon dont le contenu visité par un utilisateur peut influencer la publicité qui s’affiche. Pour s’expliquer, Louis donne l’exemple suivant : « si tu regardes un article sur la déforestation sur ton média préféré, tu peux par exemple avoir une publicité qui te permet de soutenir une association qui œuvre pour la reforestation. »

     

    Cela se fait aujourd'hui sans utiliser les données personnelles des utilisateurs, et avant l’arrivée de Louis, Goodeed a réalisé le travail nécessaire pour se mettre en conformité avec le nouveau règlement RGPD. Selon Louis, Goodeed ne ferme pas totalement la porte à utiliser un jour ces données pour proposer des publicités plus pertinentes pour celui qui les regarde, mais veillera dans tous les cas à le faire en conformité avec les réglementations cela va de soi, et surtout en accord avec sa mission sociale.

    « En tant que développeurs, nous avons la chance de pouvoir choisir notre employeur, et donc de choisir un métier en accord avec nos valeurs. »

     

    À titre personnel, Louis n’est pas contre le fait que des sites utilisent ses données personnelles pour lui proposer des contenus pertinents, tant qu’une part d’aléatoire permet de ne pas être enfermé dans sa bulle, et que l’utilisateur a la main sur ce qu’il accepte de partager ou non.

     

    Et vous-accepteriez-vous que vos données personnelles soient utilisées pour réaliser des dons à des associations ?

     

    À côté de Goodeed, Louis continue de donner quelques cours sur les objets connectés à HEI, et s’il a un message à adresser à ses étudiants à la fin du cours, c’est bien celui-ci : « en tant que développeurs, nous avons la chance de pouvoir choisir notre employeur, et donc de choisir un métier en accord avec nos valeurs, et avec le sens que nous voulons donner à notre travail. »

  • Xavier Lavayssière

    Xavier Lavayssière

    Par ce froid de novembre, discuter avec Xavier Lavayssière nous réchauffe le cœur. En effet, ses nombreux engagements et sa soif de réflexion sur le lien entre technologie et questions politiques, économiques et juridiques nous donnent envie, à nous aussi, de nous poser les bonnes questions.

     

    Fondateur des Bricodeurs, contributeur au projet DAISEE, Xavier est dans tous les projets du moment et a à cœur de nous montrer à quel point il est important d’agir.

     

    Twitter : @XavierLava / @LesBricodeurs / @CallMeDaisee

     

    Cet article est paru dans la newsletter de novembre 2018 : « Blockchain et énergie : le bilan ? – Entre dégâts énergétiques et potentiel d'innovation, la nouvelle technologie en question »

    Du Pays Basque aux États-Unis : « les Américains n’ont pas leur pareil pour s’organiser en dehors des institutions afin de réaliser ce qui leur semble important »

     

    Originaire du Sud-Ouest de la France et du Sud de l’Espagne, grand amateur d’huile d’olive, Xavier se présente en nous révélant que son prénom basque lui a été donné pour plaire à ses deux grand-mères. Mais outre son amour pour le soleil du Sud, c'est surtout son engagement actif en matière de Tech for Good qui nous amène aujourd'hui à écrire son portrait !

     

    Dès la faculté, Xavier s'implique dans des initiatives, notamment sur la question de l'open source [1] et du logiciel libre [2], et du lien à créer avec la société sur ces sujets. Son parcours mêle informatique d'un côté, et questions sociétales de l'autre : un croisement de matières qui l’a toujours intéressé. C'est il y a 4 ans, alors qu'il travaille dans la coopération scientifique pour l'ambassade de France aux États-Unis, que Xavier découvre la « Tech for Good », et le tourbillon de réflexions et d'actions qui accompagnent le lancement de ce mouvement.

     

    Il côtoie de près le milieu de l'innovation technologique et a notamment l'occasion de se pencher sur la question du « numérique d'intérêt général » avec le maire d’Atlanta et la Food Bank (Banque Alimentaire). Toutes ces actions lui donnent le goût pour l’activisme, très présent outre-Atlantique, où il raconte que « les Américains n’ont pas leur pareil pour s’organiser en dehors des institutions afin de réaliser ce qui leur semble important » – bien plus qu'il n'avait pu le ressentir en France, où la culture consiste selon lui plutôt à s'appuyer sur les institutions publiques.

    De retour en France : « On n’a pas besoin d’attendre, il faut juste commencer à créer »

     

    En 2014, Xavier revient en France, et fonde alors l’association Les Bricodeurs, à Lyon, « sur une table de cuisine », au fur et à mesure de rencontres avec quelques amis. « On n’a pas besoin d’attendre, il faut juste commencer à créer ! » se disent-ils en cœur. Au centre du projet : une curiosité commune pour les sujets de l’open source, de la collecte des données personnelles, et bien sûr l’envie toujours présente d'apprendre continuellement.

     

    Les Bricodeurs prennent la forme d'un collectif, axé sur l’idée que le numérique constitue l’opportunité de transformer la société, et de l’améliorer ! Xavier en est convaincu : « Il n’est pas acceptable que tout le monde n’ait pas les clés de lecture du monde numérique : la technologie représente une formidable opportunité de rebattre les cartes – et pourtant, pour le moment, elle a au contraire tendance à renforcer les déséquilibres. » C'est cette conviction qui guide les actions d’éducation et de militantisme portées par l'association.

     

    Quand il découvre la blockchain, ce qui impressionne tout d’abord Xavier, c'est le mélange entre les questions techniques et politiques qu'elle soulève. Au gré des ateliers, des hackathons et des rencontres, il approfondit ses connaissances sur la technologie et participe en 2016 à l'émergence du projet DAISEE – Decentralised Autonomous Interconnected System(s) for Energy Efficiency, porté par une équipe de passionné.e.s, qui vise à construire un « Internet de l'Énergie », et à fournir les conditions pour une gouvernance partagée de l'énergie.

    La blockchain et ses enjeux : « La blockchain ne permet pas de résoudre tous les problèmes, mais elle nous incite à nous poser des questions »

     

    Aujourd'hui chercheur et consultant sur des technologies de pointe en parallèle de ses activités associatives, Xavier a mûri sa réflexion sur la blockchain. Il y voit certaines utilisations pertinentes, comme la « garantie d’origine » : sur une blockchain qui modéliserait un réseau de distribution d'énergie par exemple, un.e consommateur.trice pourrait très bien décider d’acheter uniquement des titres d’énergie renouvelable, la blockchain permettant d’assurer leur provenance avec une fiabilité entière.

     

    Du reste, Xavier rappelle que « la blockchain n’est pas forcément la technologie la plus adaptée pour toutes les applications ! » En ce qui concerne un tel réseau de distribution d'énergie par exemple, elle permet une fiabilité et une transparence complète, mais des questions de confidentialité se posent alors : les données de consommation d’énergie de chacun.e sont sensibles et révèlent beaucoup de la vie privée ; en les exposant sur une blockchain publique, tout le monde pourrait y accéder librement.

     

    Le principal intérêt de cette technologie de rupture résiderait en fait, au-delà du défi technique, dans les concepts qu'elle porte : la blockchain garantit, par sa conception-même, des principes comme la transparence, la décentralisation, l'immuabilité, qui révolutionnent notre manière de penser les systèmes d'information. Comme l'explique très bien Xavier, « la blockchain ne permet pas de résoudre tous les problèmes, et la plupart des nouveaux systèmes d'information ne seront pas des blockchains au sens propre, mais elle nous incite avant tout à nous poser des questions sur notre façon de fonctionner. »

     

    On le voit dans les réactions des pouvoirs publics, qui commencent à se positionner sur le sujet, s'enthousiasme-t-il : « Je trouve ça fascinant que le résultat de dizaines d’années de réflexion sur l’open source et la cryptographie, qui ont mené à la blockchain, puisse interpeller les pouvoirs publics. »

    Et la consommation d'énergie dans tout ça ? « Techniquement, il est possible de créer une blockchain peu coûteuse en énergie, mais la vraie question est celle de sa pertinence »

     

    Quand nous abordons la question fatidique de la consommation énergétique associée à la blockchain, Xavier tient à apporter de la nuance : il explique qu'il faut distinguer les questions liées aux crypto-monnaies, des autres types de blockchains. Dans le cas du Bitcoin, c'est le minage de la crypto-monnaie qui implique une consommation énergétique particulièrement forte, notamment à cause de la compétition entre mineurs ; mais c'est aussi ce qui permet de fiabiliser les informations car, au vu du prix de l’énergie et du matériel informatique, la compétition incite les mineurs à ne pas intégrer d'erreurs dans la chaîne.

     

    Tout est une question de dosage : « Techniquement, il est possible de créer une blockchain peu coûteuse en énergie, mais la vraie question est celle de sa pertinence. » Par exemple, en créant plus de confiance entre les acteurs de la blockchain, on supprime le besoin de compétition, donc la consommation énergivore – en revanche, cela ne permet pas la même décentralisation de l'autorité. De la même façon, des blockchains avec un nombre d’acteurs limité sont moins consommatrices – mais cela altère la propriété d’ouverture et de transparence.

     

    Finalement, « il faut comparer ce qui est comparable ». Dans le cas de la blockchain, il y a d'un côté le Bitcoin, véritable phénomène économique et social, et de l’autre, la profonde réflexion de société que cette technologie engendre. La question essentielle est donc de s'interroger, en tant que société, sur la nature des systèmes d'information que nous souhaitons construire. Pour sa part, et au-delà des enjeux techniques associés, Xavier est convaincu que « la blockchain et les idées qu’elle apporte peuvent aider à transformer le secteur énergétique et notre consommation », et c'est selon lui l'occasion de « faire évoluer le rôle des consommateurs, pour les rendre de plus en plus acteurs. »

  • Anna Choury

    Anna Choury

    Ce mois-ci, nous avons eu la chance d'interroger Anna Choury, mathématicienne et CEO de Maathics. Avec d'autres chercheurs de l'Institut de Mathématiques de Toulouse, elle développe un outil capable de détecter automatiquement des biais introduits dans n'importe quel algorithme.

    Inspirante par son parcours, enthousiasmante dans son discours, Anna fait partie de ces personnalités qui, au fil des rencontres, nous impressionnent chaque fois un peu plus, pour la vision qu'elles portent et la force de leurs convictions !

     

    Twitter : @a_choury / @Maathics

     

    Cet article est paru dans la newsletter d'octobre 2018 : « Who run the world? Girls or algorithms? – Et si les intelligences artificielles ne faisaient que reproduire nos propres biais ? »

    « Je suis devenue mathématicienne par hasard »

     

    Aujourd'hui chercheuse et mathématicienne reconnue, spécialiste dans le domaine de ce qu'on appelle Intelligence Artificielle, Anna a fait ses premières armes en mathématiques « à la fac », après un parcours plutôt hésitant : « En Terminale, j'ai été obligée de prendre des cours particuliers de maths pour avoir une chance de passer mon bac. Et quand bien sûr je n'ai pas eu d'inscription à l'université, j'ai supplié toutes les fac de Paris de bien vouloir me prendre : contre toute attente, c'est celle de maths qui m'a dit oui. » Pour autant, le déclic n'intervient pas immédiatement : comme elle le raconte avec amusement, « J'ai commencé par passer 2 ans à traîner au café, et il a fallu que j'attende de redoubler une année pour réagir. »

     

    Mais Anna ne fait pas les choses à moitié, et sa réaction est à la hauteur du caractère affirmé qu'on devine chez elle : « Comme je fonctionne beaucoup à l'ego, j'ai été extrêmement vexée ! Et finalement c'est cela qui a été mon moteur ! » S'ouvrent alors véritablement les portes des mathématiques, et de la surprenante beauté cachée derrière une discipline souvent perçue comme froide et austère : « En découvrant les mathématiques, j'ai découvert un monde. Non pas un monde de calculs ou de chiffres, mais une nouvelle façon de considérer les choses, une approche conceptuelle, presque poétique et artistique. »

     

    Tout à la fois éblouie par ce monde qui s'ouvre à elle et par les opportunités qu'il fait naître, et en même temps consciente des dangers qui l'accompagnent inéluctablement, Anna garde toujours en tête ses convictions, oscillant entre fascination pour les nouvelles technologies et terreur de ce qu'elles pourraient engendrer. C'est lorsqu'elle quitte l'algèbre fondamentale et autres joyeusetés des mathématiques pour découvrir, en entrant en école d'ingénieur à Toulouse, des disciplines plus appliquées – et qu'elle est donc amenée pour la première fois à manipuler des données réelles – qu'elle prend la mesure de ses responsabilités : « J'avais une certitude, c'est que je ne voulais surtout pas faire n'importe quoi avec des données personnelles. »

    « Même moi, j'en étais revenue à demander à des algorithmes de juger des personnes, sans jamais me demander si c'était juste »

     

    Elle refuse alors le milieu du e-commerce, et prend la direction de l'industrie, où elle travaille sur plusieurs projets : d'abord pour Airbus, puis pour CLS et ses satellites, et enfin sur de la recherche appliquée au développement des premiers logiciels de voiture autonome. Là encore, elle apprend beaucoup et cultive sa soif de connaissance : « C'étaient les débuts du big data. Personne ne savait quoi en faire, et mon travail était de prendre ces données et de voir ce qu'on pouvait en tirer. C'est là que j'ai vraiment découvert toutes les applications concrètes dont on parle aujourd'hui : machine learning, modélisation, intelligence artificielle... J'étais fascinée par ces algorithmes "apprenants", qui ne savent rien faire tout seuls, mais qui deviennent incroyablement intelligents dès qu'on les fait apprendre. »

     

    C'est une fois ces premières amours consommées que le caractère prend une fois de plus le dessus : « Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que si j'étais devenue mathématicienne par hasard, j'étais en revanche une personne engagée de longue date, de par mon entourage et ma construction personnelle. Alors quand j'ai eu l'occasion de prendre du recul sur ce que je faisais, et que je me suis rendu compte qu'apprendre à conduire à une voiture autonome, c'est finalement lui demander de déterminer, à partir de ce qu'elle voit – et donc de données personnelles –, qui est un "bon" conducteur, ou qui est un piéton "civilisé"... tout ce que je voulais éviter... une nouvelle fois, j'ai été terriblement VEXÉE. »

     

    Le plus inconcevable, comme l'exprime encore Anna avec une ferveur communicative, « c'est que cela nous est arrivé, à nous ! » Alors qu'elle détaille comment par exemple, l'un de ses collègues chercheurs passait lui-même des heures dans des universités pour sensibiliser des jeunes à leur responsabilité et les faire réfléchir aux implications des nouvelles technologies, cette prise de conscience sonne comme un cri du cœur : « Malgré notre engagement, malgré nos bonnes intentions, on s'était tous trompés. Même lui ! Même moi, avec mon travail sur des véhicules autonomes, je faisais cette erreur. Même moi j'en étais revenue à demander à des algorithmes de juger des individus, sur la bases de leurs données personnelles, sans jamais me demander si c'était juste. »

    La naissance de Maathics : « Qu'on ne puisse plus ne pas se rendre compte des biais introduits dans les algorithmes »

     

    Quand elle crée Maathics, en tant que spin-off du laboratoire où elle travaillait, accompagnée par d'autres chercheurs de l'Institut de Mathématiques de Toulouse, c'est avec une vision simple : « Qu'on ne puisse plus ne pas se poser la question, ne pas se rendre compte. » Maathics développe ainsi un outil, à destination des concepteurs et des utilisateurs d'algorithmes, pour leur permettre de détecter d'éventuels biais introduits involontairement dans leurs programmes. Tout se fait de façon automatique, et permet à l'issue de l'audit de décerner ou non le label Fair Data Use conçu par la start-up.

     

    Pour expliquer l'impact potentiel de Maathics, Anna donne notamment l'exemple d'un outil RH servant à pré-sélectionner les CV vidéo de candidats en analysant leurs micro-expressions : « L'erreur d'un tel outil, c'est que s'il ne te reconnaît pas, s'il a intégré un biais qui l'empêche de te reconnaître, il ne t'embauche pas – tout simplement. Mathématiquement, pour quelqu'un comme moi, c'est un sujet passionnant ; mais humainement, cela peut avoir des conséquences terribles ! »

    [NDLR – Si cela vous intéresse, vous pouvez continuer la lecture en anglais, avec cet article au titre évocateur : Amazon's AI-powered recruiting tool was biased against women]

     

    Pour cela, Maathics audite d'une part le code écrit par les développeurs : « Légalement, il y a en France 21 caractéristiques sur lesquelles il est interdit de différencier les personnes : âge, genre, etc. L'audit permet de vérifier que ces caractéristiques n'ont pas un impact disproportionné sur la décision finale de l'algorithme. » D'autre part, Maathics audite également les données soumises à l'algorithme pour son apprentissage : « Il n'y a rien de magique, peu importe comment elle a été conçue, l'IA ne fait que reproduire ce qu'elle a appris. Si elle apprend à partir d'un ensemble de données présentant des injustices – trop peu de femmes ou de personnes de couleur par exemple –, elle va reproduire ces injustices. »

    « Il faut simplement prêter attention à ce que des applications au potentiel formidable le soient pour tout le monde ! »

     

    Quand on lui demande comment elle voit l'avenir, Anna est loin d'être naïve : « On sait bien que l'objectif d'arriver à des algorithmes les moins biaisés possibles est difficile à atteindre. La preuve : pour l'instant, nous n'avons réussi à décerner aucun label ! » D'ailleurs, l'un des enjeux de la start-up pour la suite, qui fait l'objet de nombreuses recherches en ce moment-même, est d'ajouter à Maathics une fonctionnalité capable de supprimer automatiquement les biais après les avoir détectés.

     

    Mais pour elle, l'important est aussi que chaque citoyen prenne conscience de ces enjeux : « Il faut que chacun se rende compte, à chaque fois qu'il donne ses données personnelles, à une banque, une assurance, qu'à chaque fois c'est comparé à d'autres ! Chacun doit comprendre que rien n'est magique, et être intransigeant sur l'utilisation qui est faite de ses données, notamment personnelles. »

     

    Pour autant, elle reste résolument optimiste sur les avancées de la technologie et de l'intelligence artificielle : « Bien sûr qu'on va réussir à faire des choses formidables, l'IA a des applications tout simplement géniales ! Le véhicule autonome par exemple, a un potentiel énorme pour désenclaver des villages auxquels il est aujourd'hui difficile d'accéder (on pense notamment aux jeunes, aux personnes âgées, qui ne peuvent pas toujours conduire.) Et la communauté internationale de chercheurs en IA est vraiment en train de se saisir de ces sujets. Il faut simplement prêter attention à ce que ces applications formidables le soient pour tout le monde, et ne se fassent pas au détriment de quelqu'un d'autre. »

  • Jérémie Cook

    Jérémie Cook

    Ce mois-ci, nous mettons à l’honneur un artisan du web engagé, rêveur et passionné de nouvelles technologies : Jérémie Cook. Ergonome chez BetaGouv, bénévole pour Soliguide et freelance chez Singa, l’histoire de Jérémie est pour le moins singulière !

     

    À travers un parcours fait de rencontres fortuites et d’opportunités bien mesurées, Jérémie nous prouve qu’il existe plus d’une façon de réinventer l’avenir et de faire de son métier un moteur au service de l’intérêt général.

     

    Twitter : @jeremiecook

     

    Cet article est paru dans la newsletter de septembre 2018 : Numérique et lien social « Trait d'union entre les individus ou nouvelle modalité d'exclusion ? »

    Portrait d’un technicien abouti

     

    Jérémie débute sa carrière par un parcours des plus classiques. Après des études d’informatique, un diplôme d’ingénieur en poche, il fait ses armes dans une SSII avant de rapidement rejoindre Surcouf en tant que chef de projet technique puis Primavista. Un temps chez l’annonceur, Jérémie aspire à plus de flexibilité et devient freelance sur des projets d’ergonomie.

     

    En 2012, c’est au détour d’une soirée organisée par l’un de ses clients et d’une proposition inscrite sur un bout de papier que son agence web, We love Mondays, voit le jour. Entre Noël et le jour de l’an, il dépose les statuts, répond à un appel d’offre et se lance dans l’aventure entrepreneuriale, avec son associée Carine Gabrielli. Chez We love Mondays, on s’intéresse à tout : projets de refonte complète chez des grands comptes, expérimentation en start-up ; la taille de la structure importe peu, seule celle du défi à relever compte : « Nos missions étaient très diversifiées, il n’y avait pas tellement de spécialisation. L’idée était de trouver des solutions intéressantes, des liens entre nos clients, de comprendre leurs métiers, pas de devenir une usine à site. »

     

    Après 5 années à la tête de son agence, désormais devenu plus manager que concepteur de solutions, Jérémie ressent le besoin de se confronter à de nouveaux défis et cède alors son activité et sa clientèle. Il a soif de voyage, de découvertes, de nouveaux horizons : comme il le dit si bien, « je me suis cherché ». Il sillonne le globe, tente l’expérience de digital nomade et pose finalement ses bagages à Paris, à nouveau, en mars 2018. Ce qu’il retiendra de son voyage, ce sont des rencontres marquantes, des univers et des ambiances bien différents, et une certaine ouverture d’esprit.

    En quête de missions porteuses de sens

     

    En mars 2018, fort de ces expériences, Jérémie renoue avec Soliguide, une association découverte quelques mois plus tôt, qui rassemble services, initiatives et ressources pour les personnes en difficulté via un guide informatique. Alors en plein questionnement sur les possibilités d'agir face à l'exclusion sociale, il rencontre Victoria Mandefield, à l'initiative de la structure. « J'étais un peu perdu, cela me rendait dingue de voir que l'on pouvait mal se nourrir alors qu'il y avait autant de gaspillage alimentaire, que l'on pouvait dormir dehors alors qu'il y avait des logements vides, j'ai eu envie de créer un outil numérique pour les sans-abris, je pensais que ce service n'existait pas. Lorsque j'ai rencontré Victoria, ça été une grosse claque : elle connaissait parfaitement le secteur et avait une stratégie claire ». Profondément touché par la démarche de Soliguide, Jérémie décide de s’y investir en mettant à profit ses compétences web.

     

    En parallèle, animé par les changements liés à l’intelligence artificielle mais frustré d'observer que son potentiel de développement reste essentiellement concentré auprès de grandes entreprises dans un but de câblage publicitaire, Jérémie se renseigne et tombe sur un article à propos de la Tech for Good. Pure coïncidence, ce billet a été rédigé par Mathilde Aglietta, son ancienne collègue à la Web School Factory et à l’époque directrice de ShareIT, l’accélérateur Tech for Good d’Ashoka à Station F. De fil en aiguille, il découvre les projets accélérés et rencontre un certain Guillaume Capelle, co-fondateur de Singa, mouvement citoyen international visant à créer du lien entre personnes réfugiées et société d’accueil.

     

    L’association développe alors une plateforme permettant de centraliser l’ensemble de ses actions ainsi qu’un algorithme de matching entre locaux et nouveaux arrivants. À nouveau, il est impressionné par la maturité du projet et la vision portée par l’équipe ; il commence par s’y investir bénévolement, puis rejoint rapidement le projet en freelance. « Au départ, je bossais un peu pour Singa mais le jour où je me suis dit que je devrais y aller en physique, pour rencontrer l’ensemble de l’équipe, tout a changé. Je ne savais même pas que je pouvais être payé pour faire cela, que je pouvais arriver à en vivre ».

     

    Et comme deux défis ne suffisent pas à Jérémie, il se prend également de passion pour la transformation des institutions publiques. Il rencontre Héla Ghariani, responsable de BetaGouv, l’incubateur des services publiques numériques. « L’organisation chez BetaGouv est très horizontale, cela m’a permis de découvrir de nombreux projets, tous super intéressants. Et puis, bosser pour le gouvernement c’est quand même excitant ! ». D’ailleurs, depuis juillet 2018, il y travaille en tant qu’ergonome sur deux projets principaux : la création d’un code du travail numérique, apportant des réponses précises et expertes sur le droit du travail, ainsi que le projet « Classe à 12 », outil qui permet aux enseignants de se partager bonnes pratiques et pédagogies innovantes.

    Un parcours riche en enseignements

     

    Malgré une plongée dans le monde des innovations sociales, Jérémie relativise : « Je ne me sens expert dans aucun des domaines de l’ESS sur lesquels j'interviens, j'apporte uniquement mon expertise sur le numérique. Je rencontre des gens incroyables, des équipes passionnantes. Ce sont ces gens qui sont inspirants et qui t’emportent avec eux dans leur vision ». Par ailleurs, lorsque l'on questionne Jérémie sur son engagement, on comprend aisément ses motivations. « En réalité, je n'ai plus le sentiment de travailler, je suis très reconnaissant de pouvoir faire ce que je veux, d'apporter mon expérience sur des projets qui changent le monde, de ne jamais faire deux fois la même chose. »

     

    Son conseil pour la jeune génération ? « Si vous avez envie de défendre une cause, il faut s’en donner les moyens. C’est difficile, cela demande de l’investissement mais de nombreux projets fonctionnent et il n’y a pas d’âge pour aller là-dedans. » Pour Jérémie, les profils moins téméraires ne sont pas en reste non plus, « il faut suivre ce qui se passe dans tous les cas, nous avons tous beaucoup à apprendre sur notre façon de travailler, notre état d’esprit. Cela vaut le coup de suivre des projets, de rencontrer des gens, cela permet de prendre des décisions pour son avenir ».

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L’EDITEUR se réserve la possibilité de modifier, à tout moment et sans préavis, les présentes conditions d’utilisation afin de les adapter aux évolutions du site et/ou de son exploitation.

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La durée des présentes conditions d’utilisation est indéterminée.

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ARTICLE 9 : Droit applicable et juridiction compétente

Tant le présent site que les modalités et conditions de son utilisation sont régis par le droit français, quel que soit le lieu d’utilisation. En cas de contestation éventuelle, et après l’échec de toute tentative de recherche d’une solution amiable, les tribunaux français seront seuls compétents pour connaître de ce litige.

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POLITIQUE DE CONFIDENTIALITÉ
de l’Association Latitudes

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ARTICLE 1 : Objet

Le présent document a pour objet de définir d’une part les modalités et conditions dans lesquelles l’association Latitudes collecte, utilise, transfère et protège les données de ses utilisateurs, et d’autre part les modalités et conditions par lesquelles l’utilisateur peut exercer son droit d’accès, de modification, de rectification et de suppression des données le concernant.

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ARTICLE 2 : Collecte de l’information

Nous recueillons des informations personnelles dans 4 cadres différents.

A. Lorsque vous vous connectez au site www.latitudes.cc à partir de votre ordinateur et navigateur. Nous recevons et enregistrons alors automatiquement vos informations de connexion, y compris votre adresse IP, vos logiciels et votre matériel, ainsi que la page que vous demandez.

B. Lorsque vous vous inscrivez à notre newsletter, depuis notre site internet, ou lorsque vous nous contactez directement par e-mail. Nous enregistrons alors votre adresse e-mail. Il n’est en aucun cas obligatoire de fournir cette information.

C. Lorsque vous demandez à rejoindre la communauté des Tech for Good Enthusiasts, sur le formulaire http://bit.ly/AlorsEnthusiast. Nous enregistrons alors votre nom complet et votre adresse e-mail. Il est obligatoire de fournir ces informations si vous souhaitez rejoindre la communauté.
Si vous souhaitez ensuite prendre des responsabilités spécifiques au sein de cette communauté, et notamment devenir Mentor ou Expert, nous recueillons également votre date de naissance, votre numéro de téléphone, vos domaines d’expertise, ce que vous souhaitez donner et recevoir de la communauté, ainsi que la ville dans laquelle vous habitez. Il est obligatoire de fournir ces informations si vous souhaitez prendre ces responsabilités.

D. Lorsque vous inscrivez votre structure sur notre site ou répondez à l’un de nos appels à projets. En particulier, si vous inscrivez simplement votre structure, ces informations comprennent votre adresse e-mail, ainsi que des données concernant la structure pour laquelle vous postulez. Il est obligatoire de fournir ces informations pour postuler. Ces informations seront publiées sur notre site afin de mettre en avant votre structure.
Si vous souhaitez également déposer un projet, nous recueillons votre adresse e-mail, votre nom complet, votre numéro de téléphone, votre fonction au sein de la structure pour laquelle vous postulez, ainsi que des données concernant cette structure. Il est obligatoire de fournir ces informations pour déposer un projet.
Enfin, si vous souhaitez déposer une offre de stage ou d’emploi sur notre site, nous recueillons votre adresse e-mail et des informations pratiques concernant cette offre (titre, type de contrat, lieu du poste, rémunération, dates de début et de fin). Il est obligatoire de fournir ces informations pour déposer une offre.

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ARTICLE 3 : Utilisation des informations

Toutes les informations que nous recueillons auprès de vous peuvent être utilisées pour administrer un appel à projets, pour administrer la vie de la communauté, pour améliorer notre site web, ou pour vous contacter par e-mail ou par téléphone.

Elles ne sont pas utilisées dans d’autres buts, et en aucun cas pour prendre des décisions automatisées.

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ARTICLE 4 : Divulgation des informations à des tiers

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ARTICLE 5 : Protection des informations

Nous mettons en œuvre des mesures de sécurité pour préserver la sécurité de vos informations personnelles. Seuls les membres de l’association, les salariés, les volontaires, et les bénévoles qui ont besoin d’effectuer un travail spécifique ont accès, dans le cadre de leur mission, aux informations personnelles identifiables. 

En particulier :
- dans le cas C, lorsque vous rejoignez la communauté des Tech for Good Enthusiasts, d’autres membres de la communauté, peuvent avoir accès à vos informations en tant que bénévoles de l’association, pour accompagner votre intégration dans la communauté ;
- dans le cas D, lorsque vous inscrivez votre structure sur notre site, des bénévoles de l’association (dont des membres de nos entreprises partenaires qui interviennent en tant que bénévoles) peuvent avoir accès à vos informations pour participer à la sélection, à la modération et au cadrage des projets que vous nous soumettez. Certaines des informations renseignées (nom de la structure, mission, statut juridique, champs d'action, régions d'intervention, site internet) sont publiées sur notre site afin de mettre votre structure en avant.

Il leur est explicitement demandé de ne pas conserver ni divulguer ces informations.

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